- Tu es gentille de me dire tout ça... Je t'aime bien, moi, tante Line.
Cette déclaration avait le don d'émouvoir profondément aussi la jeune fille qui répondait pour le taquiner:
- Moi, je ne te déteste pas...
D'autrefois il gambadait dans la chambre de sa tante, touchant avec amour à ses vêtements épars, à tout ce qui était à elle, et interrogeant sans cesse:
- Pourquoi as-tu deux ciseaux à ongles? Et cette petite glace, pourquoi c'est faire?
Le soir, Line lui rendait fidèlement sa visite, quand il était couché. Même lorsqu'elle sortait dans le monde, elle ne manquait jamais de venir l'embrasser; il demandait, ces fois là, qu'on fit la lumière toute grande pour mieux la voir. Elle lui apparaissait alors tout éblouissante dans sa robe de soir aux reflets pâles qui se fondaient dans l'éclat nacré de son cou. Comment ne pas s'endormir heureux de toutes les joies du monde, quand on est tout petit, qu'on a vu de si près l'objet du plus beau de ses rêves et quand on est encore pénétré d'un parfum si troublant qu'il prolonge les plus douces réalités.
Boum était heureux infiniment. Aussi était-il bon et indulgent pour les hommes, pour les bêtes et même pour les choses -- car il ne voulait pas admettre que les choses fussent insensibles. De la sorte, il ne battait même pas ses chevaux de bois, tout au plus faisait-il claquer son fouet en l'air, pour les hâter dans quelque course imaginaire ou pour les ralentir dans leur galop.
Boum se portait à merveille. Il mangeait du meilleur appétit, s'arrêtant quelques fois pour baiser la main de Line toujours à ses côtés. Ce geste, à table, il le savait, lui valait régulièrement un rappel à l'ordre de son père, aussi ne le répétait-il pas trop souvent.
Dans le monde, quand on le produisait, il était, très au fond, l'orgueil de ses parents qui ne voulaient pas en avoir l'air:
- On le gâte trop... disaient-ils.