Il était parti avec ses parents pour la campagne et avait attendu pendant dix longues journées qu'Elle revînt. Elle était revenue.

-... Mais, fit-il, elle est toute changée... d'abord elle n'est plus du tout jolie. Elle a un gros ventre. Elle n'est plus gentille. Elle rit tout le temps de moi, ne m'a même jamais parlé seul une fois. Elle est aussi sévère pour moi que M. Claude et reproche à maman de ne pas bien m'élever. Elle m'a dit, parce que j'ai regardé dans un paquet qu'on apportait, que j'étais curieux comme une vieille chouette -- c'était des cigares pour lui qu'il se fait envoyer dans une valise pour ne pas payer l'octroi --. Et puis, quoique Tante Line soit grande, elle s'occupe toute la journée de petits bonnets, de petites robes, et de petits bas que les marchands ne cessent de lui envoyer; elle en a toute une armoire, alors qu'avant son mariage elle ne jouait jamais à la poupée, mais tout le temps avec moi... A cause de tout ça, je me suis aperçu que c'est moi maintenant qui ne l'aime plus. Alors je suis très malheureux, je n'ai plus rien, je ne veux plus rien.

Et il se remit à pleurer doucement.

- C'est pour ça, fit Laferrière, que tu pleures! mais mon pauvre Boum, ces choses-là arrivent tous les jours.

- C'est cependant malheureux, répliqua Boum.

- Voyons, voyons... fil Laferrière... tu étais séparé d'une femme que tu croyais aimer, je te plaignais. Maintenant, tu en es toujours séparé, mais tu ne l'aimes plus... tu devrais te réjouir.

- Peut-être! fit le petit, plus navré de n'être pas compris.

Les larmes coulaient lentement de ses yeux. Il ajouta:

- Cependant je suis triste... très triste.

- Alors, c'est que tu l'aimes encore, lança Laferrière... tu n'es pas raisonnable.