- Mais non, dit Boum. Je vous assure que je ne l'aime plus, mais plus du tout. Qu'elle soit heureuse ou malheureuse, ça m'est égal. Voyez, à présent si elle voulait quitter M. Claude, pour venir avec moi, avec moi seul: et bien je ne voudrais plus. Je vous l'ai dit: je ne veux plus rien. Mais c'est justement cela qui me fait du chagrin. Je suis bien plus malheureux qu'avant qu'elle vienne, avant je croyais... comprenez-vous?... Je ne peux pas expliquer.

Et pour rendre sa pensée, le petit agitait ses deux mains devant son ami en le regardant de ses yeux mouillés.

- Boum, fit Laferrière, tu es un gosse que j'aime, mais tu es un gosse. Je veux te consoler, mais je ne veux pas te dire des choses que tu es trop jeune pour saisir. Tiens, tu as confiance en moi, crois-moi sans comprendre. Ne pense plus à Tante Line. Vis des joies de ton âge, je t'assure qu'elles sont douces, plus tard on les regrette; oublie, cours, amuse-toi, joue avec tes petits camarades; ne cherche pas ce que tu n'as pas trouvé. Sache attendre. Je t'assure, c'est bête de souffrir. Regarde par la fenêtre, c'est le matin, peut-être aimerions-nous mieux tous les deux que ce soit midi, -- il ferait plus chaud, il y aurait plus de lumière dans les arbres, par terre les ombres seraient plus noires... et pourtant notre désir commun ne change rien, le matin reste le matin. C'est déjà beaucoup, crois-moi, de savoir que midi viendra.

Boum écoutait maintenant sans mot dire, sans tout comprendre, mais trouvant quand même aux paroles qu'il entendait comme une sorte de vertu bienfaisante.

Encouragé, Laferrière continuait:

- Voyons, tu t'es bien fait quelquefois mal.

Boum fit signe que non.

- Si, reprit l'homme, quand tu es tombé sur te genoux, tu t'es écorché. C'était un mauvais moment, tu as dû pleurer certainement. Cependant le mal a passé, ton genou s'est guéri. Regarde, on ne voit plus rien du tout.

Et, du doigt, il montrait les jambes brunes de l'enfant.

- Mais, fit Boum, qui ne pleurait plus, je ne veux plus guérir maintenant.