Or des plissements aussi énergiques, allant jusqu’au renversement, sont une nouveauté pour qui vient de l’est. La chaîne des Ksour, le djebel Amour sont au contraire des régions de « plissements ébauchés » suivant l’expression du dernier géologue qui s’en est occupé, M. Ritter[123].

Voici donc une autre originalité du Grouz comparé à ses voisins de l’est. Il n’est pas seulement calcaire, tandis qu’ils sont gréseux ; il est en outre énergiquement plissé, tandis qu’ils le sont faiblement. Il est vrai que le premier caractère est apparemment un corollaire du second, l’énergie du plissement a amené en surface les couches plus profondes qui se sont trouvées calcaires.

Un raisonnement analogue conduit à conclure que l’apparition du Vorland avec ses vieilles roches primaires a quelque rapport de cause à effet avec l’énergie subitement accrue des plissements atliques.

Quoi qu’il en soit il y a là un fait d’importance géographique tout à fait considérable. Nous verrons dans les chapitres suivants que cette limite géologique entre les roches primaires et les terrains plus récents (crétacés marins et tertiaires continentaux), est une ligne de verdure et de vie qui se prolonge sans interruption notable pendant huit cents kilomètres, jusqu’au cœur du Sahara, jusqu’à In Salah. L’affleurement du Vorland primaire ne présente donc pas seulement un intérêt théorique et scientifique ; c’est lui, incontestablement, qui fait de la Zousfana la grande porte d’entrée du Sahara, une voie commerciale et ethnique de premier ordre ; notre étude géologique nous conduit à des conclusions de géographie humaine.

Gîtes minéraux du Grouz. — A tout autre point de vue c’est le Grouz qui a une grande importance humaine.

Et d’abord le Grouz et ses dépendances atliques, semblent avoir le monopole des gîtes minéraux.

Et, à ce point de vue encore, le contraste est grand entre lui et la chaîne des Ksour, ou le djebel Amour, ses voisins orientaux. Dans tout l’Atlas saharien jusqu’au Hodna, il n’existe guère d’exploitation minière, ancienne ou récente. Aussi bien les grès médiocrement plissés de l’Atlas saharien ne peuvent pas être préjugés a priori aussi métallifères que les calcaires bouleversés de la région du Grouz ; d’autant que, dans l’Atlas que nous connaissons (Algérie-Tunisie), les régions calcaires sont le domaine de prédilection des gîtes minéraux exploitables.

D’autre part, la question de la houille mise à part, le Vorland hercynien ne semblerait pas avoir d’avenir minier, au moins d’après les informateurs indigènes qui signalent beaucoup de gîtes et tous dans l’Atlas.

Il est certain qu’entre les sources de la Zousfana et celles du Guir, il existe au moins deux exploitations minières indigènes, régulières et, autant que le milieu le permet, organisées. L’une est au djebel Maïz, au nord du Grouz ; c’est une mine de cuivre, elle a été vue par des Européens, le colonel Quiquandon en particulier, qui ont constaté l’existence de galeries souterraines assez profondes. L’autre exploitation minière est beaucoup plus loin à l’ouest, sur les bords du Guir, à Beni Yati. C’est une mine de plomb et probablement aussi de cuivre. Elle n’est connue que par des renseignements recueillis par le lieutenant Pariel, de Colomb-Béchar. Mais ces renseignements spécifient l’existence d’installations plus ou moins permanentes pour la calcination du minerai : on le brûle en gros tas par forts vents d’ouest. Il semblerait que ces deux gisements (djebel Maïz et Beni Yati) sont les plus considérables et les mieux exploités, aux yeux des indigènes. Mais on en connaît plusieurs autres, de moindre importance.

Au djebel Melias, qui est un simple contrefort du Grouz, à six kilomètres de Beni Ounif, un filon de plomb et de cuivre court sur le flanc nord de la montagne. Dans ce filon les indigènes de Figuig ont creusé un trou, car ce serait trop dire une galerie, de 1 m. 50 de profondeur.