On pourrait étendre la liste des petits gisements de ce genre.
L’exploitation indigène porte sur deux métaux, le plomb et le cuivre, et voici à quels besoins économiques elle répond. Le plomb sert à fondre des balles, et le minerai de plomb, tel quel, la galène, est un fard très usité, le koheul, bien que ce mot arabe désigne littéralement le sulfure d’antimoine. Tous les indigènes connaissent la galène et ses usages. Mais le minerai de cuivre est beaucoup plus mystérieux. Un fait frappe d’abord, c’est que toutes les mines de cuivre sont considérées par les indigènes comme mines d’or et d’argent ; ils n’y soupçonnent pas la présence du cuivre, et ne semblent pas établir de corrélation entre le minerai qu’ils extraient et, par exemple, les douilles de leurs cartouches. En poussant un peu plus loin l’investigation, on s’aperçoit que tout le minerai est extrait pour le compte des orfèvres juifs établis à Figuig et à Kenadsa. Ces orfèvres, ouvriers habiles, font de curieux bijoux d’argent et d’or ; la matière de ces derniers est qualifiée par le vendeur « or du Soudan », mais, comme cet or se recouvre très vite d’une pellicule de vert-de-gris, il y entre assurément une forte proportion de cuivre marocain. Le peu de minerai de cuivre annuellement extrait du djebel Maïz ou des gisements voisins sert donc, à peu près exclusivement, à des alliages de bijouterie, inavoués et fructueux.
Des balles, du fard et des bijoux, voilà tout ce que les indigènes font de leurs minerais ; une exploitation aussi rudimentaire et aussi spéciale ne permet assurément pas de rien augurer pour l’avenir d’une exploitation industrielle. D’ailleurs, à côté du cuivre et du plomb, dont les minerais sont aisés à reconnaître, il peut y en avoir d’autres que des professionnels européens soient seuls à même de rechercher, à supposer résolu le double problème — de la sécurité sur une frontière encore très peu sûre — et du transport à si grande distance de la mer.
Pluies et végétation. — C’est au point de vue du climat, c’est-à-dire des pluies, qu’il est particulièrement important pour la région de la Zousfana qu’elle soit dominée au nord par la masse du Grouz.
Le Grouz est une longue arête de 80 kilomètres, large de 5 ou 6 peut-être. Il serait plus exact de dire : un faisceau d’arêtes parallèles (généralement deux et quelquefois trois), entre lesquelles un système de profondes vallées longitudinales articule le Grouz tout entier. Chegguet el Abid, Haouci Chafa, etc. ; elles sont dues, d’après M. Ficheur, à l’intercalation entre les calcaires liasiques et jurassiques de couches argileuses et marneuses, qui n’ont pas offert de résistance à l’érosion.
Ces grandes vallées sont colmatées de cailloutis pliocène jusqu’à leur tête, elles sont donc des réservoirs d’humidité et des aqueducs souterrains.
Ce formidable écran montagneux n’est pas seulement par excellence le condensateur des pluies, qui tombent parfois et séjournent sous forme de neige ; il est organisé pour les emmagasiner, les acheminer et les distribuer. Les massifs primaires lui sont généralement inférieurs en altitude et en étendue, et par surcroît ils conservent une massivité de pénéplaine, ils n’ont pas un modelé compliqué, une structure ajourée.
Sur la moyenne annuelle des pluies les chiffres précis font encore défaut. On a du moins le témoignage de la végétation et des cultures.
Dans le Grouz la végétation des vallées témoigne de précipitations assez abondantes.
Dans toute cette Afrique du nord, qui est le pays des fleurs, je ne crois pas qu’il y ait eu au printemps de 1904 un coin plus follement fleuri que les hautes vallées du Grouz ; on y marchait environné de senteurs violentes et parfois agressives, car il y a une fleur qui pue le cadavre. Cette magnifique floraison peut être accidentelle, heureuse conséquence d’un hiver qui fut incontestablement pluvieux. Mais la végétation arborescente n’est pas moins curieuse. Elle est d’abord relativement abondante, ou du moins elle n’est pas aussi rare qu’on le supposerait ; la plaine au pied du Grouz a ses tout petits bosquets, en particulier autour de Bou Aiech. Ils sont souvent composés de pistachiers (betoum), mais on rencontre assez fréquemment aussi des caroubiers et surtout des oliviers sauvages, parfaitement vigoureux, poussant librement sans le secours de l’irrigation. Et voilà qui est étrange, car l’olivier est un arbre méditerranéen, qu’on n’attend pas au désert.