Pourtant Calderaro mentionne fréquemment des exodes causés par la sécheresse et la famine. Encore que la conclusion ne soit pas nettement formulée, il semble que les ressources du pays aient été en déclinant, ce que la proximité de l’erg rend assez vraisemblable.
Dans cette histoire de sédentaires, comme il est naturel, les méfaits des nomades tiennent une grande place. Après 150 ans on garde encore à Tar’it le souvenir d’Ahmed el Khatsir des Angad près d’Oudjda, qui n’épargna dans le ksar qu’une seule femme enceinte.
L’histoire politique des Beni Goumi est essentiellement celle des tribus nomades qui ont exercé la suzeraineté. Elle semble tenue à peu près à jour depuis le VIIIe siècle de l’hégire. Vers cette époque « la puissante tribu des Beni Ahssen occupa les pays environnants et les Beni Goumi devinrent leur propriété ». Ceci est intéressant parce que nous retrouverons très vivant dans le Saoura le souvenir des Beni Ahssen ou Beni Hassen.
« La nombreuse tribu des Hamyan, rattachée actuellement au cercle de Méchéria, succéda aux Béni Ahssen » ; ces mêmes Hamyan dont les Ouled Djerir sont un rameau détaché.
Puis vinrent les R’nanema et avec eux nous entrons déjà dans l’histoire contemporaine ; ce sont actuellement les suzerains de la Saoura. Ils ont été expulsés de la Saoura par les Doui Menia, il y a un siècle à peine, à la suite de guerres dont le dernier épisode fut le siège et la prise de Mzaourou, dernière forteresse des R’nanema.
La palmeraie des Beni Goumi appartient aujourd’hui aux Doui Menia. Ce sont, on le sait, des nomades de l’oued Guir. Leur centre est dans le Bahariat (la petite mer), une grande cuvette alluvionnaire qui se prête à la culture de l’orge. Les Doui Menia y ont des magasins fortifiés d’où ils tirent leur nom — Menia est un synonyme Berbère de Kalaa, on disait indifféremment jadis el Goléa ou el Menia pour désigner le ksar sud-oranais que nous désignons exclusivement sous le premier nom ; Menia, Kalaa, ou Goléa désignent une hauteur fortifiée.
Les petites saouias des Beni Goumi, celle d’amont et celle d’aval, n’ont aucune importance, elles sont bien loin d’avoir la richesse, l’influence et le rayonnement lointain de Kenatsa. Mais il est intéressant peut-être de retenir la date de leur fondation.
Z. Fokania a été fondée au commencement du XVIe siècle par un Maure de Seguiet el Hamra.
Z. Tahtania il y a 250 ans environ, en même temps qu’Igli, par un saint du Gourara.
On verra que les XVe et XVIe siècles ont été un âge critique, un tournant de l’histoire dans l’arabisation du Sahara ; et que les moyens employés ont été précisément le prosélytisme religieux, la fondation de Zaouias.