La question marocaine. — Et dès lors s’éclaire (il est grand temps après un demi-siècle écoulé) un petit article du traité de 1845 entre la France et le Maroc.

On sait que le traité ne précisait pas la frontière dans la zone des hauts plateaux et du Sahara. Il se bornait à déclarer marocains Figuig et le petit ksar voisin d’Ich. Nul doute que le maréchal Bugeaud n’ait pas compris la portée de cette clause. Et on peut se demander quelle fut l’intention des négociateurs marocains. Ont-ils proposé cette rédaction vague par imprécision naturelle de barbares ? ou par finesse de diplomates orientaux, qui mettent à profit l’ignorance de l’adversaire, et qui craignent de l’éclairer sur l’importance de ses concessions. En tout cas Figuig marocain c’était le verrou tiré sur la seule route qui relie l’Algérie au Niger, et il est resté tiré jusqu’au début du XXe siècle.

Toute cette région de la Zousfana d’ailleurs, comme la Saoura et le Touat est fortement marquée à l’empreinte marocaine.

Elle l’est déjà par la nature : en Algérie et en Tunisie, tout le long de l’Atlas saharien, on chercherait vainement, on l’a déjà dit, un contact direct, une pénétration réciproque entre les domaines hercynien et atlique ; l’Atlas saharien y est séparé du horst primaire par d’immenses étendues de plateaux crétacés. Au contraire, si mal connu que soit encore l’Atlas marocain, nous savons pourtant avec certitude que les plissements primaires hercyniens finissent, au sud de Merrakech, par constituer la masse même de l’Atlas et modifier profondément sa structure. Au point de vue géologique, la région de Figuig serait donc déjà plus marocaine qu’algérienne.

Marocaine, ou plus exactement sud-marocaine, la région qui nous occupe l’est encore par ses promesses de richesses minières. Aux mines de Beni Saf, dans le département d’Oran, tous les ouvriers sont des Marocains, originaires de la province du Sous. Tandis que les proches voisins de Beni Saf, les Riffains par exemple, qui fournissent à la province d’Oran une abondante main-d’œuvre agricole, ont dû être écartés du travail minier, parce qu’ils s’y montraient inaptes ; à travers tout le Maroc, malgré l’éloignement, les Soussi se trouvent attirés à Beni Saf et ils y déploient une dextérité atavique de professionnels. On sait d’ailleurs que le Sous, au Maroc, passe pour un pays minier.

Le Grouz est encore bien éloigné du Sous ; pourtant il contient des gîtes minéraux, bien connus des indigènes et vaguement exploités par eux. Si l’on en croit leurs dires, la minéralisation irait en augmentant vers l’ouest, c’est-à-dire que le Sous minier se prolongerait à travers le Tafilalet jusqu’au Grouz. Il est trop clair que ce sont là des affirmations sujettes à caution.

Ces similitudes géologiques et physiques ont eu, comme il arrive si souvent, leur répercussion sur la répartition de l’humanité.

La région est de langue berbère, et elle a donc ses affinités avec le Maroc.

Dans la province d’Oran, les îlots de langue berbère font à peu près complètement défaut, la langue arabe y a tout envahi et a complètement supplanté l’idiome aborigène. Il y a une coupure absolue entre les provinces berbères de Kabylie et de l’Aurès d’une part, et d’autre part l’énorme bloc des Berbères marocains, qui commencerait à Figuig.

Petit détail, mais qui est significatif, dans les campements Doui Menia on voit apparaître la petite tente ronde marocaine en cotonnade (voir pl. XXVIII, [phot. 53]), si différente de la grande tente algérienne carrée en poil de chameau, popularisée par la gravure, les tableaux et les expositions.