Il court là, entre Tesfaout et le Sali, une bande mio-pliocène à peu près rectiligne, longue de près de 100 kilomètres, et large uniformément de 3 ou 4 kilomètres à peine ; l’épaisseur est d’une vingtaine de mètres.

A Temassekh la formation, facile à étudier sur la falaise de la gara, est constituée à la base de couches sableuses plus ou moins durcies ; au sommet un chapeau de calcaire et de plâtre (sol de timchent) ; le plâtre est pétri de Cardium edule.

J’ai examiné une grande gara allongée qui s’étend entre Tiouririn et Temassekh, sur toute son étendue elle porte un chapeau de calcaire blanc, à rognons de silex, passant quelquefois au poudingue et dont l’aspect rappelle tout à fait les calcaires pliocènes du nord. Sur toute la ligne des oasis dans les groupes Ouled Si Hamou bel Hadj et Touat el Henna la formation est essentiellement représentée par des couches sableuses, très mêlées de stalactites gréseuses, qui contribuent sans doute à les fixer, et qui attestent la présence d’éléments calcaires. Auprès de Zaouiet Kounta j’ai eu l’occasion d’examiner de plus près la formation. A la base des grès calcarifères coquilliers, au-dessus des travertins très vacuolaires, très spongieux, une dentelle de calcaire dur, pétri d’empreintes de plantes et de coquilles. Les coquilles sont des Melanopsis. C’est dans les travertins que sont creusés plusieurs étages superposés de foggaras.

L’âge récent de la formation est donc attesté non seulement par son facies mais aussi par ses fossiles ; (voir [appendice X]). Et d’autre part elle est bien loin d’être contemporaine puisque ce dépôt de dépression, fluvial ou lacustre, est aujourd’hui accusé en relief. Dans le nord la bande mio-pliocène a été réduite par l’érosion quaternaire à un chapelet de garas, dans le sud elle a gardé sa continuité, mais elle se présente sous la forme d’une terrasse, adossée à l’est à la falaise secondaire, et se terminant à l’ouest par un à-pic.

Ces dépôts mio-pliocènes, d’un dessin si particulier sur la carte, semblent nous renseigner sur l’hydrographie de la région à l’époque néogène. Manifestement il y a eu là soit un fleuve, soit un chapelet de lacs ou de sebkhas.

Les failles. — La plaine du Touat a été affectée de failles, les coupes ci-jointes en font ressortir un grand nombre, mais sur lesquelles il n’est pas possible, dans l’état de nos connaissances, de donner des détails circonstanciés.

Au contraire on est en mesure d’insister sur la grande faille du Touat, en relation avec la ligne des sebkhas et des palmeraies, le long de laquelle vient affleurer la nappe d’eau souterraine. Cette ligne est régulièrement droite sur 150 kilomètres, et cela seul suffirait à faire soupçonner la faille, dont l’existence d’ailleurs est facile à prouver. Sur une grande partie de son trajet elle amène en surface des tronçons de la pénéplaine hercynienne, et elle est accusée, par un pointement éruptif au moins (Tazoult). A Taourirt le ksar est dominé de plusieurs dizaines de mètres par la falaise des grès albiens, or il est construit sur les argiles gypseuses cénomaniennes (?) ou en tout cas plus jeunes que les grès. Nous sommes donc certains que la faille du Touat a affecté les terrains crétacés.

La bande étroite des dépôts mio-pliocènes est rigoureusement collée à la faille, ce qui ne peut pas être fortuit ; nous avons donc la certitude que dès l’époque néogène la faille du Touat avait, comme aujourd’hui, une importance hydrographique. Mais d’autre part les couches mio-pliocènes sont aujourd’hui accusées en relief sur toute leur étendue, ce qui semble indiquer que la faille a rejoué depuis leur dépôt.

M. Chudeau affirme, en effet, qu’elle a dû rejouer à une époque toute récente, et pour ainsi dire contemporaine. Il a constaté que les oueds actuels qui débouchent de la falaise forment des vallées suspendues, c’est bien visible en effet à Taourirt.

A l’est de la falaise, le réseau hydrographique, arrivé à maturité, témoigne d’un long travail de l’érosion, une rupture de pentes et des rapides caractérisant la traversée de la falaise, à l’ouest de laquelle les rivières ou tout au moins leurs lits reprennent jusqu’à l’oued Messaoud une allure tranquille. Que si on rapproche ces faits du peu de dureté des grès à sphéroïdes, qui constituent la falaise, il devient évident que cette falaise est postérieure à l’établissement du réseau hydrographique, postérieure même à l’établissement d’un climat sec au Sahara. Si les rivières avaient coulé pendant que se soulevait la lèvre orientale de la faille l’érosion aurait été puissante ; le profil d’équilibre serait sinon reconquis jusqu’à la source, du moins en bonne voie de reconstitution. En fait les rapides et l’allure torrentielle n’existent que sur quelques centaines de mètres.