Une observation récente que M. Chudeau doit au colonel Laperrine confirme ces indications et ajoute un trait nouveau. Le printemps 1907 a été particulièrement pluvieux au Sahara, et la plupart des oueds du Touat ont coulé ; deux d’entre eux n’ont pu parvenir jusqu’à la falaise et ont formé deux lacs sur le premier gradin du Tadmaït : le jeu de la faille avait amené, un renversement de la pente à l’est du Touat. La pluie continuant cependant, l’un des lacs a atteint le bord de la falaise, et s’est déversé brusquement dans la dépression du Touat, creusant dans la falaise un nouveau ravin et dévastant le petit ksar de Noum en Nas. Il a donc suffi d’une saison pluvieuse pour qu’une de ces rivières ait pu relier, malgré la falaise du Touat, sa source à son embouchure.
L’état d’équilibre instable qu’a créé la faille du Touat ne peut donc être que très jeune : de même qu’à Noum en Nas, il a suffi de quelques orages pour entailler partout la falaise, et malgré la rareté des pluies au Sahara, il est impossible d’admettre qu’un réseau hydrographique aussi anormal puisse subsister un grand nombre de siècles.
Les géologues allemands ont fait des constatations analogues dans la région des grands lacs[172]. Cette Afrique, que l’on supposait a priori un vieux Tafelland rigide commence au contraire à nous apparaître comme un des pays du monde où les mouvements tectoniques sont les plus récents. Et, si l’on songe à quelle altitude ont été portés dans l’Atlas les dépôts marins pliocènes, on ne sera pas surpris que le Vorland ait subi jusqu’au Touat le contre-coup de mouvements orogéniques aussi jeunes.
Hydrographie.
Le Gourara et le Touat rentrent dans le bassin de l’oued Messaoud, au sujet duquel on a donné, dans le [chapitre II,] des indications précises. De ce côté le bassin est limité par l’Atlas et le Tadmaït.
La topographie du Tadmaït est presque inconnue ; hier encore elle l’était complètement. On sait pourtant que la plus grande partie du Tadmaït déverse vers les oasis ses eaux d’orages ; on connaît aujourd’hui l’existence de très grands oueds, tout à fait comparables, comme dimension, à l’oued Mya, qui a simplement sur eux l’avantage de les avoir précédés sur nos cartes ; ils coulent tous à l’opposé de l’oued Mya, vers l’ouest, et ils sont tributaires des oasis ; ce sont les oueds Tlilia, Ilatou, R’zelan, Sba, Aflissès, etc.[173].
D’autre part les oueds Saoura, Namous, R’arbi, Seggueur descendent de l’Atlas. Un immense réseau-squelette d’oueds quaternaires converge vers les oasis du Gourara et du Touat.
A l’époque actuelle, le trait frappant de l’hydrographie ce sont les sebkhas. Les oasis s’alignent en cordon sur les bords de sebkhas multiples. Il n’y a pas en effet, comme les anciennes cartes l’indiquent à tort, une grande sebkha du Touat, mais un lacis ou un chapelet de petites : l’oasis de Bouda a la sienne, celle de Tamentit en a une autre nettement séparée, etc. La sebkha la plus étendue est probablement celle de Timimoun ; en tout cas, c’est la plus pittoresque, avec sa bordure de falaises et de dunes ; elle a 40 kilomètres de long sur 6 ou 7 maximum de large. (Voir pl. V, [phot. 9.])
Il est malaisé de préciser ce qu’on pourrait appeler le régime hydrographique de la sebkha. Les habitants du Touat affirment que les leurs ont été des lacs, de mémoire d’homme, et qu’on y a circulé en bateau de ksar à ksar.
On a dit quelles traditions précises ont été recueillies là-dessus par M. Wattin, interprète militaire.