Ils ne forment plus d’ailleurs que des groupements familiaux, on les trouve dans presque tous les ksars mélangés aux Arabes. Le brassage a été assez énergique pour influer, à ce qu’il m’a semblé, sur la prononciation ; les Zenati du haut Touat lorsqu’ils parlent arabe, n’ont pas, je crois, l’affreux accent gourarien.

Il y a cependant un groupe de très petits ksars qui sont restés intégralement Zenati : Temassekh, Ikkiz, Ar’il, Titaf, el Ahmer et Ouled Antar. Il est curieux que ce groupe soit précisément intercalé entre le haut et le bas Touat, comme pour attester qu’il y a bien là en effet une frontière entre des pays différents, historiquement et ethnologiquement distincts.

Bas Touat. — Le bas Touat diffère d’abord du haut par la nature de son sol. Au voisinage de Zaouiet Kounta toute une série d’oasis Ouled sidi Hamou bel Hadj, Touat el Henna, Inzegmir, sont installées sur le Mio-Pliocène, qui donne un sol sableux et calcaire, tout différent, j’imagine, des terres fortes et argileuses du haut Touat. En tout cas, c’est le pays où pousse le henné, comme l’indique son nom de Touat el Henna, et c’est aussi le pays du tabac.

Plus au sud à partir de Sali, la dune envahit les oasis. A Enzeglouf un village à peu près enfoui a dû être abandonné. Partout l’aspect de la dune hérissée de haies en djerid atteste la lutte acharnée des indigènes contre l’envahissement. (Voir planche XLII, [phot. 79.]) A Zaouiet Reggan la crête des dunes est aujourd’hui à l’ouest de la palmeraie, les indigènes se souviennent d’un temps où elle était à l’est ; la ligne en marche des dunes a progressivement traversé toute la palmeraie, comme une énorme vague. Et ceci nous donne l’assurance que le vent d’est domine ; aussi bien tout le montre, la topographie même de la dune et le regard des sifs, l’affirmation unanime des indigènes. Et d’ailleurs le vent d’est domine partout aux oasis, au Tidikelt comme dans le haut Touat et au Gourara.

Cet ensablement agressif est un spectacle surprenant pour qui vient du nord, si libre de dunes. Mais il est de règle au Tidikelt, In Salah aussi est menacé d’enfouissement. Les indigènes disent que le sable du bas Touat vient de R’adamès et du Grand Erg oriental ; il ne faut pas prendre cette assertion à la lettre, elle signifie évidemment que tout le long de la route qui va à R’adamès, et qui est assez suivie, on observe la même tendance à l’ensablement. On sait que cette route suit le fond d’un grand fossé d’effondrement, creusé entre les masses montagneuses du Tadmaït et celles du Mouidir-Ahnet. C’est le long de ce fossé que le sable chemine poussé par un vent d’est dont les parois de l’immense couloir rectifient sans doute et assurent la direction, et dont elles augmentent la force. Le Reggan et le Sali sont précisément dans la direction de ce grand courant d’air chargé de sable.

Que par cette longue voie des grains de sable venus de l’erg oriental aient pu arriver jusqu’au Touat, c’est une hypothèse dont il serait oiseux de contester la vraisemblance. Mais ici, comme ailleurs, si on admet que le sable est dans la dépendance exclusive du vent, il devient inexplicable qu’on le trouve seulement dans les bas-fonds : On ne comprend pas que l’action du vent puisse avoir des effets identiques à ceux de la pesanteur. Il ne faut pas oublier que deux systèmes d’oueds quaternaires puissants, l’O. Igargar et l’O. Bota ont accumulé dans cette longue dépression tout ce qu’ils ont arraché de sable aux plateaux gréseux Touareg, Tassili, Mouidir, Ahnet, Açedjerad. Il y a là sur place ample matière à l’édification des dunes.

Il est donc naturel que le Reggan et le Sali, sous le vent d’un pareil réservoir de sable soient envahis aux dunes ; le reste du Touat et le Gourara méridional sont au contraire sous le vent du Tadmaït, dont les calcaires sculptés par des rivières divergentes, ne se prêtent pas à l’accumulation de grandes masses sableuses.

Quoi qu’il en soit, au Sali et au Reggan, les dunes ont tué d’importantes fractions de palmeraies ; mais cet inconvénient n’est pas sans quelque compensation. Un certain degré d’ensablement est-il favorable à la qualité de la datte ? Ce qui est certain c’est que celles du Sali et du Reggan passent pour les meilleures de tout le Touat.

Au bas Touat on ne retrouve plus le souvenir des Juifs. On y retrouve d’autres légendes, moins précises évidemment, car je ne sache pas qu’elles s’appuient sur des textes sérieux : je crois pourtant incontestable qu’elles ont un fonds de vérité historique. Au bas Touat, avant la période actuelle, on a connu le temps des Barmata, et cette indication chronologique manque sans doute de précision. Pourtant le nom même des Barmata donne un terminus a quo : arabe littéral « el Baramik » en français les Barmécides. Et il importe peu que ce nom illustre dans l’histoire de l’Islam ait été manifestement usurpé, comme tant d’autres, par des Berbères en quête de fausses généalogies. Le dernier vizir Barmécide est tombé en 803, et ses homonymes du Touat sont donc postérieurs au IXe siècle, probablement postérieurs de beaucoup.

Ces Barmata, d’autre part, ne sont nullement des personnages de légende ; ils ont laissé au Touat les preuves les plus positives de leur existence, des ruines de ksars nombreux.