96. — UN AUTRE TEMPS DE LA FANTASIA TOUAREG

Les Taïtoq et leurs Imr’ads restent néanmoins mêlés intimement à la vie commune de la confédération Hoggar dont ils font partie. Il leur serait d’ailleurs géographiquement impossible de s’en abstraire. Les pâturages de l’Ahnet, comme tous ceux du Sahara d’ailleurs, sont trop incertains pour qu’on puisse compter exclusivement sur eux. Taïtoq et Kel Ahnet sont propriétaires ou usufruitiers de districts étendus dans l’Adr’ar des Ifor’ass, où ils voisinent avec les Kel R’ela.

Actuellement pourtant les Taïtoq ont obtenu des autorités françaises la consécration de leur autonomie ; leur chef Sidi ag Gueradji est un aménokal indépendant.

Ce que nous avons appris de plus neuf dans ces dernières années sur les Touaregs en général et les Taïtoq en particulier, c’est leur faiblesse numérique. D’après Bissuel les tribus qui habitent la région de l’Ahnet « pourraient armer deux cent cinquante combattants, auxquels viendraient se joindre dix guerriers de Sekakna et quinze des Mouazil, soit un total de 275 hommes, dont la répartition par tribus nous reste inconnue ».

Ce sont des chiffres bien modestes, 275 soldats sur 15000 kilomètres carrés ; et combien suggestive la mention de dix guerriers des Sekakna. Ces chiffres sont encore exagérés de plus de moitié.

D’après M. Benhazera les Kel Ahnet peuvent mettre sur pied une cinquantaine d’hommes ; et c’est de beaucoup la fraction la plus intéressante ; qu’on lise, chez M. Benhazera, la liste nominative des Taïtoq, comportant 28 numéros. Ce sont des pays où les recensements se font sur les doigts de la main.

Avec le travail de M. Benhazera pour base on peut essayer de tracer un tableau économique de l’Ahnet.

CHAMEAUXMOUTONS OU CHÈVRESBŒUFSPALMIERS
Taïtoq37510000
Kel Ahnet60015000
Iouarouaren2256000300(près de Silet).
Mouazil et Settaf100?0?(Akabli).
130031000

En somme environ 1300 chameaux et 3000 moutons, c’est là-dessus exclusivement que les Touaregs de l’Ahnet doivent vivre. Il faut souligner l’absence à peu près totale de cultures ; à défaut de céréales on moissonne méthodiquement des graminées sauvages (le drinn) ; ce qui nous reporte en quelque sorte avant Triptolème. Les Touaregs de l’Ahnet sont plus pauvres que leurs cousins du Hoggar ; ceux-ci ont quelques bœufs et quelques cultures ; Motylinski énumère au Hoggar 35 ar’rem (oasis rudimentaires) ; l’Ahnet n’en a pas un seul. C’est encore un élément d’individualisation. Plus pauvres que les Kel R’ela, les Taïtoq sont aussi des bandits plus redoutables ; ils représentent ce qu’on pourrait appeler la fleur de la chevalerie Touareg ; redoutés et légendaires pour leur humeur batailleuse. Il leur en a cui d’ailleurs. La tribu s’est épuisée à courir les aventures. La dernière fut particulièrement tragique.

En 1906 sur une quarantaine de Touaregs, en majorité Taïtoq, partis en rezzou au Sahel marocain, 4 seulement sont revenus.