A posteriori, les faits précis abondent à l’appui de cette thèse. Dans les limites mêmes du Tell, il y a tendance à la formation de dunes au moins sur un point, le plateau de Mostaganem. Mais là les géologues sont sur un terrain qu’ils connaissent bien, ils n’hésitent pas à reconnaître que les dunes se forment sur place aux dépens des sables pliocènes. C’est plus au sud, dans le désert inconnu, pays des mirages, qu’on n’ose pas dériver les mêmes effets de causes analogues.
Sur les hauts plateaux, en bordure et au nord de l’Atlas saharien, court un cordon de dunes, d’Aïn Sefra à Bou Saada. J’ai longuement examiné la dune d’Aïn Sefra ; elle repose incontestablement sur des alluvions quaternaires à peu près exclusivement sableuses. Il est clair que l’une s’est formée aux dépens des autres ; à la base de la dune, les alluvions restées en place sont celles où l’oued actuel maintient quelque humidité attestée par de grosses touffes d’alfa ou de plantes désertiques (Voir [fig. 26]). Et d’autre part, que les alluvions quaternaires soient ici bien plus sablonneuses qu’argileuses, on se l’explique aisément si l’on songe à l’énorme place que tiennent les grès dans la chaîne des Ksour.
A l’ouest du Touat, sur l’itinéraire d’Adrar au djebel Heiran, on traverse un double cordon de dunes, qui recouvre exactement un double ruban de Quaternaire. La dune repose sur le sable nettement interstratifié de pellicules argileuses ; on a manifestement affaire à un ancien bras de l’O. Messaoud, devenu en quelque sorte intumescent par l’entassement éolien des alluvions jadis étalées.
La route qui va de Charouin aux Ouled Rached reste presque tout le temps au fond d’une immense cuvette d’érosion, bordée de falaises et semée de garas ; c’est le confluent de deux grands oueds quaternaires, représentés aujourd’hui par l’O. R’arbi (?) et la sebkha de Timimoun. On ne conçoit pas que dans cette grande cuvette, comme dans toutes les formations du même genre, le colmatage n’ait pas marché de pair avec l’érosion. On s’attendrait à trouver tout le fond tapissé d’alluvions ; en réalité, elles ne se sont conservées que dans la partie sud, où elles sont fixées par un restant d’humidité ; la sebkha de Timimoun se prolonge jusque-là par une languette de largeur insignifiante. Mais dans le nord, dans la partie de la cuvette de beaucoup la plus étendue, l’erg Sidi Mohammed remplit la dépression jusqu’au pied des falaises qui le bordent. Il est difficile de se soustraire à la conclusion que l’erg représente les masses alluvionnaires livrées par le desséchement et la pulvérulence au remaniement et au vannage éolien ([fig. 44,] p. 226).
Nous saisissons donc sur le fait, semble-t-il, en un certain nombre de points, la substitution directe, sur place, de la dune à l’alluvion quaternaire. Mais il va sans dire que l’âge du sable n’a aucune importance : le sable tertiaire vaut le quaternaire, pourvu qu’il soit libre.
Voici un gros fait, qui n’a jamais été mis en évidence et qui commence pourtant à apparaître bien net, sans contestation possible. Toutes les grandes masses d’erg au sud de l’Algérie, aussi bien à l’est qu’à l’ouest, dans le bassin de l’Igargar et dans celui de l’O. Messaoud, toutes celles du moins qu’on connaît un peu, reposent sur le même substratum géologique, le Mio-pliocène, le « terrain des gour » de M. Flamand, en d’autres termes sur les dépôts continentaux qui se sont accumulés pendant une grande partie du Tertiaire, à tout le moins pendant toute la durée de l’âge néogène, sur l’avant-pays de l’Atlas, alors en voie de surrection.
Sur l’Erg oriental, M. Foureau nous a appris que son ossature est faite de gour.
Le grand Erg occidental (Gourara) ne repose pas seulement sur le « terrain des gour », mais encore, à l’ouest et au sud, il le recouvre exactement ; depuis Tar’it jusqu’à Charouin les limites des dunes coïncident assez exactement avec celles du Mio-pliocène. En règle générale, les dunes semblent s’arrêter où commencent les roches anciennes, primaires ou crétacées.
Même observation à propos du groupe moins important des ergs Atchan et er-Raoui, qui sert de trait d’union entre l’erg du Gourara et l’Iguidi. Partout où j’ai pu les observer, j’ai vu le contour extérieur de ces ergs suivre à peu près le dessin irrégulier et fantaisiste des compartiments effondrés où les dépôts mio-pliocènes ont été conservés, tandis que les horsts de grès éodévonien restent nets de sable.
Enfin l’Iguidi lui-même, entre Inifeg et le Menakeb, semble avoir un substratum de garas, taillées dans une formation horizontale médiocrement épaisse puisque le sous-sol ancien transparaît fréquemment. Il est permis de croire que cette formation est encore mio-pliocène.