L’autre type — bazina — est d’ailleurs représenté par de très nombreux exemplaires mais tout à fait frustes. Chudeau admet que les bazinas, au Hoggar, sont d’habitude sur les bords de l’oued ; tandis que les chouchets, du moins les plus typiques, sont juchés sur les plateaux et les collines dominant la vallée. Le fait est trop constant pour qu’on puisse l’attribuer au hasard. Faut-il voir dans cette répartition différente l’indice d’une différence d’âge, ou au contraire de caste ? Que les chouchets soient à la fois de construction beaucoup plus soignée, et se dressent sur des éminences, ce sont deux caractères qui s’accordent bien et on pourrait conclure à un caractère aristocratique (?)
Chudeau note que les chouchets, abondants dans tout le Hoggar, ne semblent pas s’étendre vers le sud-est ; il a vu les derniers à deux jours au sud-est de Tamanr’asset, près du point d’eau de l’oued Zazir, sept beaux chouchets bien typiques en forme de tour, les deux plus grands ayant 6 mètres de diamètre et 2 mètres de haut. Au delà, sur la route de l’Aïr, ce type disparaît brusquement.
Son extension vers l’ouest est d’ailleurs bien délimitée. On ne le trouve pas, je crois, dans l’Açedjerad, dans l’Ahnet, dans le Mouidir occidental. Il apparaît bien net dans l’Adr’ar des Ifor’ass, plus particulièrement dans sa partie septentrionale (In Ouzel, oued Tougçemin), celle qui regarde le Hoggar, et qui est sous sa dépendance politique. M. Chudeau le signale à Tin Zaouaten.
En somme, la province des beaux chouchets semble limitée au Hoggar et à quelques-unes de ses dépendances immédiates. Les plus beaux échantillons semblent être à Abalessa et se rapporter aux ancêtres des nobles Touaregs actuels.
Provinces orientales. — Sur les tombeaux anciens de l’Aïr, Chudeau a rapporté des renseignements qui en montrent surtout le caractère humble et banal. Il note des groupements importants dans l’oued er Ghessour (Tassili méridional), à In Azaoua, à Iferouane, mais ce sont des tas de pierres du type si répandu. Pourtant Chudeau a levé dans l’oued Tidek (Aïr) le plan d’un grand tombeau assez soigné et assez particulier. C’est un redjem mixte, bazina à cavité turriforme centrale, qui se dresse au centre de trois cercles concentriques réguliers, dessinés par des pierres à la surface du sol ([fig. 5]).
Certainement cette province de l’Aïr se distingue nettement de la province nord-orientale (Mouidir et surtout Tassili des Azguers), telle qu’on l’entrevoit à travers les descriptions de Duveyrier, Foureau, Besset et Voinot[58].
Duveyrier, on l’a dit, a dessiné près de R’adamès un cist, autrement dit un dolmen sans toit. A cette exception unique près, les types du Tassili ont une parenté évidente avec ceux du Hoggar, encore qu’ils aient une originalité incontestable.
Les tombes figurées par Foureau (l. c., fig. 378 et 379) se reconnaissent au premier coup d’œil, ce sont des chouchets classiques, des redjems turriformes, tout à fait semblables à ceux du Hoggar et de l’Adr’ar des Ifor’ass.
Fig. 5. — Tombeau sur les bords de l’oued Tidek (Aïr).