Chudeau signale dans l’Aïr des tombes analogues, dont la forme suppose un cadavre étendu, mais qui ont l’architecture en pierres sèches du redjem.

Fig. 7. — Tombeau de la sultane Tabeghount ould Akhlakham, morte en 1898. (Tamanr’asset.)

(Gravure extraite de La Géographie. Masson et Cie, édit.)

La tombe figurée en D, [figure 6,] se trouve dans la vallée de l’O. Kadamellet (Aïr) ; c’est un rectangle de 2 m. 50 sur 1 m. 10. Le pourtour en est dessiné par une rangée de grosses pierres ; l’intérieur est une butte de terre soigneusement recouverte de pierres plates. Lorsque la jonction se faisait mal, la terre restant à découvert, une pierre plate recouvrait le trou (ombrées sur le croquis). Le grand côté du rectangle est orienté N.-S. il n’y a pas de chehed. Cette absence de chehed ne prouve pas que la tombe soit préislamique ; on sait combien les Touaregs du nord sont peu croyants ; à Tamanr’asset, un parallélipipède rectangle bien construit est la tombe d’un Touareg que, paraît-il, Aïtarel l’aménokal, mort en 1900, avait connu ; cette tombe n’a pas de chehed.

Voici d’ailleurs de quelle façon Chudeau décrit les rites actuels de sépulture, et les tombes authentiquement contemporaines. Les tombes modernes de Touaregs se rapprochent de toutes les tombes arabes ; la fosse, profonde d’une soixantaine de centimètres, et large d’autant (une coudée et quatre doigts), a sa longueur orientée N.-S. ; le corps enseveli d’un linceul est couché sur le côté droit, la tête au sud et tournée vers l’est (vers la Mecque). On recouvre le corps de grosses pierres plates, cimentées parfois avec de l’argile et l’on achève de remplir la fosse avec des cailloux ; le pourtour de la tombe est marqué par une rangée de grosses pierres. Pour les hommes on place deux cheheds l’un à la tête et l’autre aux pieds ; pour les femmes un chehed à la tête et deux aux pieds. On choisit pour ces cheheds des pierres longues à section rectangulaire ; pour les tombes d’hommes, et pour le côté de la tête dans les tombes de femmes, le grand côté de cette section est orienté E.-O. : dans les tombes de femmes les deux autres cheheds, presque contigus, ont leur grand côté orienté N.-S. (cf. [fig. 7]). Les croquis E, E′, F ([fig. 6]) représentent des tombes de Tamanr’asset. Les cailloux de remplissage forment une légère saillie dont la ligne médiane est souvent marquée par une série de cailloux blancs (quartz) plus gros (F). Les autres cailloux sont de couleur quelconque. Dans le cimetière de Tamanr’asset la plupart des tombes ont, du côté de la tête, un pot de terre ou une écuelle de bois remplie de cailloux ; elles ressemblent ainsi beaucoup à celles des oasis et du M’zab. (Voir pl. XIII, [phot. 26.]) Quatre seulement sur les quinze qui constituent le cimetière présentent un bâton fiché dans le sol, près du chehed sud. Dans le cimetière d’Iferouane (Aïr) les tombes sont encore du même type, mais les pots pleins de cailloux font défaut, et les bâtons existent à toutes les tombes : le bois, rare dans le Hoggar, est commun dans l’Aïr. Dans le cimetière d’Agulac (Aïr), village actuellement abandonné, les cheheds du côté de la tête portent en arabe une courte inscription (2 ou 3 mots).

Fig. 8. — Tombeau de noble Touareg (Tamanr’asset).

(Figure extraite de La Géographie, Masson et Cie, édit.)

Les tombes dont il vient d’être question sont celles des Imr’ads et des Haratins. Celles des Touaregs nobles en diffèrent par la présence d’une enceinte elliptique, percée vers l’ouest d’une ou de deux entrées qui donnent accès dans une allée d’ordinaire bien sablée qui entoure la tombe ; vers l’est l’enceinte présente vers l’extérieur une saillie avec une pierre debout, c’est le lieu de prières orienté vers la Mecque. Cette enceinte varie dans sa hauteur ; elle est parfois seulement indiquée par une rangée de grosses pierres comme dans les deux tombes sur les figures [7] et [8] ; plus rarement elle est constituée par un véritable mur qui rappelle un chouchet. Ces tombes de Touaregs nobles sont communes dans le Hoggar, mais ne sont pas spéciales à cette région. Le cimetière abandonné de Takaredei (25 k. N.-O. d’Agadès) en contient quelques-unes.