Manifestement, à travers les rites islamiques, la vieille architecture funéraire transparaît ; il est tout à fait remarquable, en particulier, que les tombes de nobles aient une enceinte en pierre et un couloir d’accès, dans lesquels il semble impossible de ne pas reconnaître les « soutaches » des redjems au Tassili.

De cette continuité dans le type des tombes, au fil de l’évolution graduelle, les Touaregs eux-mêmes ont quelque conscience, encore qu’un peu vague.

On a déjà dit que, dans le nord, en Algérie, le caractère funéraire des redjems est profondément oublié de la population. Il n’en est plus de même au sud dès qu’on arrive dans l’Ahnet. Les Touaregs savent très bien que leurs redjems sont des tombeaux, et ils les entourent d’une certaine vénération. Duveyrier a vu à Radamès « des tombeaux en forme de butte sur lesquels les femmes des Touareg allaient se coucher lorsque les Touareg étaient en expédition et où elles obtenaient des nouvelles, etc. ».

Des anecdotes de ce genre courent le Sahara. On m’a parlé, par exemple, d’un Touareg égaré, séparé de sa caravane ; il passe la nuit sur un redjem et il voit en rêve le lieu précis où campe la caravane, si bien qu’il la rejoint le lendemain.

En pays Touareg les redjems sont assurément l’occasion de phénomènes psychiques, de l’ordre de ceux qu’on classe chez nous, dans les revues spéciales, sous le nom de vue à distance,, télépathie, etc.

Les Touaregs ne consentiraient pas à violer un redjem : ils le laissent pourtant fouiller sous leurs yeux par un Européen avec une parfaite indifférence ; le sacrilège ne les choque plus du moment qu’ils n’en ont pas la responsabilité directe. C’est qu’ils sont assez islamisés pour avoir perdu tout intérêt à leur propre passé préislamique ; ils en ont même perdu la conscience, ils ne le voient plus comme leur propre passé à eux. A Ouan Tohra les fouilles ayant amené l’exhumation de quelques squelettes, les Touaregs se sont étonnés de les trouver pareils à des ossements quelconques ; ils les auraient attendus gigantesques ; d’après leurs légendes c’est une race surhumaine et disparue qui dort sous les « izabbaren » (c’est le nom touareg des redjems). Grandiaque effossis mirabitur ossa sepulchris, l’homme est partout le même, au Hoggar ou dans la vallée du Pô.

Il ne faut pourtant pas être trop absolu, puisqu’il existe au Hoggar des izzabaren tout à fait semblables aux redjems du type habituel, mais qui sont les tombeaux de personnalités déterminées ancêtres des Touaregs. Le tombeau de Tin Hinan est un aveu indirect.

Autres monuments lithiques. — Les redjems n’ont donc plus rien de mystérieux, leur histoire peut être considérée comme déchiffrée dans les grandes lignes.

Ils ne sont pas les seuls monuments lithiques notés au passage. Au bas des pentes du dj. Mekter, à huit kilomètres environ à l’est d’Aïn Sefra, le capitaine Dessigny a trouvé un cercle régulier circonscrit par des pierres debout fichées en terre ; il y a fait des fouilles qui n’ont donné aucun résultat. J’ai vu ce monument rudimentaire, le seul de ce genre si je ne me trompe qui ait été signalé en Algérie (mais cela ne veut pas dire le seul qui existe). Je lui trouve une grande ressemblance avec des monuments du même genre, que j’ai relevés au Sahara.