Auprès du puits d’Ouan Tohra (à 200 mètres au sud) un autre cercle de 5 mètres de diamètre présente quelques particularités. Le mur de pierres qui le circonscrit est interrompu par une porte qui s’ouvre à l’est. Et juste en face, à l’autre extrémité du diamètre, le mur s’épaissit en une plate-forme ovale, dont le grand arc est dans la prolongation du diamètre. (Voir [fig. 9,] no 2.)

Enfin à quelques mètres de là, auprès du même puits d’Ouan Tohra, un autre monument est tout à fait différent de forme, mais doit être rangé, je crois, dans la même catégorie. Il s’agit toujours de murs au ras de terre, il serait peut-être plus exact de dire des dessins en pavage. Mais ici ce n’est plus un cercle qui est dessiné. C’est un rectangle long de 5 mètres et large de 4. L’un des grands côtés fait défaut complètement, celui de l’est, et de ce côté, où le rectangle est ouvert, à quelques mètres, inscrit dans la prolongation des petits côtés, se trouve un autre rectangle beaucoup plus petit (2 m. 50 de grand diamètre), séparé en deux compartiments par un cordon de pavage. Chudeau signale un monument de ce genre à Tin Amensar (oued Tit). (Voir [fig. 9,] nos 3 et 4 et [fig. 10,] F.)

L’idée qu’on ait affaire ici à des monuments funéraires doit être, je crois, tout à fait écartée. En effet, j’ai fouillé sérieusement le grand cercle de Taloak : partout à l’intérieur du pavage annulaire j’ai trouvé tout de suite le sol naturel, non remanié, je n’ai pas vu trace d’un tombeau. En revanche, à la surface du sol ou à une profondeur insignifiante, on rencontre des débris de poteries, du bois carbonisé, des cristaux fragiles mélangés à la terre, et qui n’ont pas supporté le voyage, mais qui ont paru être du salpêtre ou des nitrates quelconques. Faut-il croire que, à l’intérieur de ce cercle, on a fait des sacrifices, qui ont imprégné le sol de produits organiques ? Il semble difficile en tout cas de lui prêter un caractère autre que religieux.

Fig. 10.

A, 10 kilomètres au nord-ouest d’Iferouane. — B, 12 kilomètres au sud de Tamanr’asset. — C, 7 kilomètres au nord de Salem-Salem, dans un cimetière musulman. — D, près d’Abalessa. — E, oued Tinfedet (sud du Hoggar) au sud des Tilmas. — F, oued Tit, près de Tin Amensar.

(Figure extraite du Bulletin de la Société d’anthropologie.)

J’ai fouillé aussi le plus petit des rectangles de Taloak, lui non plus ne peut pas être un tombeau ; on y rencontre partout le sol naturel, et si ce n’est pas un tombeau il faut avouer qu’il a une allure d’autel.

Voici enfin qui me paraît donner à ces hypothèses une valeur de quasi-certitude. Ces monuments mégalithiques relativement anciens et énigmatiques voisinent avec d’autres, qui ne sont ni l’un ni l’autre ; ce sont les mosquées des Touaregs. Ces mosquées (m’salla) ont la plus grande analogie architecturale avec les cercles de sacrifice ; la forme seule diffère ; ce sont des cordons de pavage qui dessinent une mosquée réduite à sa plus simple expression, c’est-à-dire à la niche qui indique la direction de la Mecque (le mihrab). Une mosquée de ce genre à In Ziza a une grande réputation de sainteté. (Voir [fig. 9,] no 5.)

Il est remarquable de trouver en général réunis sur le même point redjems, cercles de sacrifices et m’salla. Les redjems d’ailleurs sont toujours juchés sur une éminence, dominant le pays et aperçus de loin[62]. L’emplacement où ils s’élèvent n’a pas été choisi apparemment sans préoccupations religieuses. Ce sont d’anciens lieux consacrés, semble-t-il, et qui le sont restés après le triomphe de l’Islam ; si bien qu’on y suit l’évolution des cultes ; à côté de la mosquée il subsiste d’anciens sanctuaires préislamiques.