Conclusion. — En résumé, la question des monuments rupestres au Sahara, funéraires et religieux, semblé élucidée, au moins dans ses grandes lignes. Le problème d’ailleurs, tel qu’il se pose actuellement et sous réserve de découvertes ultérieures, est remarquablement simple. En d’autres pays, en particulier dans les provinces voisines d’Algérie et du Soudan, le passé préhistorique se présente sous des aspects multiples. En Algérie les redjems abondent, mais on trouve à côté d’eux des dolmens, quelques sépultures sous roche (grotte des Troglodytes, etc.), pour ne rien dire des puniques et des romaines. Au Soudan, comme on peut s’y attendre, en un pays où tant de races sont juxtaposées, le livre de M. Desplagnes énumère des tombeaux de types divers et multiples, poterie, grottes sépulcrales, cases funéraires, tumulus[63].
Rien de pareil au Sahara. On distingue bien des types différents de redjems, les caveaux sous tumulus du nord, qui sont peut-être influencés par les dolmens et les sépultures romaines, les redjems à soutaches du Tassili des Azguers, les chouchets du Hoggar, qui semblent nous raconter l’itinéraire et l’expansion des nobles Touaregs actuels. Mais tout cela se ramène à un type unique, évidemment berbère, le type redjem.
Berbères sont aussi les cercles de sacrifices et monuments similaires. Parmi tant de pierres sahariennes entassées ou agencées par l’homme on n’en connaît pas une seule qu’on puisse soupçonner de l’avoir été par une main autre que Berbère.
Et ceci nous conduirait à conclure que les Berbères ont habité le Sahara dans toute l’étendue du passé, historique et préhistorique, si d’autre part tous ces redjems ne paraissaient récents. Quelques-uns, qui ne se distinguent pas des autres, sont encore nommément attribués à des personnalités connues, si courte que soit la mémoire historique des Touaregs (Tin Hinan et les siens). Les mobiliers funéraires contiennent du fer, et on n’en connaît pas un seul qui soit purement et authentiquement néolithique.
Cette énorme lacune est naturellement de nature à nous inspirer la plus grande prudence dans nos conclusions. D’autant plus que, après tout, les monuments similaires algériens, dans l’état actuel de nos connaissances, ne paraissent pas plus anciens. A en juger d’après le témoignage des redjems seuls, les Berbères seraient dans l’Afrique du nord et a fortiori dans le Sahara, un épiphénomène.
II. — Gravures rupestres.
Rappelons que, en matière de gravures rupestres algériennes et depuis les travaux de Pomel et Flamand, il est d’usage de distinguer les gravures rupestres proprement dites, anciennes, à trait profond, net, lisse, à patine très sombre, de grande taille — et les gravures libyco-berbères qui sont des grafitti informes, à traits pointillés, sans patine, et beaucoup plus récents[64].
On emploiera donc sans plus d’explications les expressions gravures anciennes et libyco-berbères.
J’ai rencontré le long de mon itinéraire un assez grand nombre de stations de gravures rupestres, je les décrirai successivement en allant du nord au sud.
Station du col de Zenaga (Figuig). — L’emplacement de cette station a été indiqué avec précision par M. Normand[65], elle se trouve sur un petit monticule à l’entrée du col et à gauche quand on vient de Beni Ounif. Les dessins sont gravés sur des blocs de grès albiens, dits grès à dragées ou à sphéroïdes, les mêmes qui tiennent une place si considérable dans tout le Sud-Algérien, et qui furent une matière de prédilection pour le graveur rupestre. Les gravures sont éparses sur tout le monticule, les unes sur des pans de roche verticaux et d’autres au contraire sur des surfaces horizontales.