Le bouc du col de Zenaga ([fig. 14]) se distingue de ceux de Bou Alem par certains détails, le dessin de la tête est un peu différent, le chanfrein moins accusé ; la barbiche très nette ; mais ce trait si particulier de la corne rabattue en bas et en avant ne laissent guère de doute sur l’identité de l’animal avec celui où Gaillard a cru reconnaître Ovis longipes.
Les accessoires sont à peu près les mêmes qu’à Bou Alem ; l’animal porte un collier, auquel on pourrait croire qu’est suspendu un objet de forme ovoïde ; mais peut-être est-il préférable d’admettre une faute de dessin ayant amené un entre-croisement des lignes. Le graveur semble avoir fait le collier d’abord et n’avoir pas pu ensuite y faire entrer le cou. Le sphéroïde n’est pas rattaché par une bride au-dessous du menton ; mais les uræi (?) sont dessinés comme à Bou Alem et rattachés à peu près au même point. A noter la présence autour du sphéroïde de lignes divergentes et rayonnantes vers l’extérieur ; un détail qui rendrait vraisemblable l’identification du sphéroïde au disque solaire.
La gravure est à peu près de grandeur nature, un mètre exactement de la tête à la queue. Ces grandes dimensions sont cause que les pieds de l’animal sont restés en dehors de mon calque ; ils ne figurent donc pas sur le dessin ci-joint ; ils ne sont d’ailleurs ni aussi soignés ni aussi bien conservés que le reste de la figure ; la corne n’est certainement pas dessinée ; mes souvenirs sur ce point sont corroborés par l’examen d’une photographie, obligeamment communiquée par M. Flamand. A cela près la gravure est très belle ; tout l’espace circonscrit par les lignes extérieures de la figure est évidé et soigneusement poli, l’évidement étant régulièrement décroissant des lignes extérieures au centre. C’est ce que le dessin cherche à rendre en entourant la figure d’un grisé qui veut schématiser les aspérités de la roche.
Il est impossible de concevoir une figure pareille, représentant un aussi gros effort, comme un graffitti de pâtre qui s’amuse. La gravure est sur un pan de roche vertical, difficilement accessible, du moins aujourd’hui, et dominant la palmeraie. Elle se verrait de loin si sa patine ne la rendait indiscernable. On échappe difficilement à la conclusion qu’elle avait une signification religieuse.
Cette énumération des gravures du col de Zenaga est loin d’être complète. Je regrette en particulier de n’avoir pas calqué une autruche très nette, quoique médiocrement dessinée.
Fig. 14. Gravure du col de Zenaga. Dimension : 1 mètre de la tête à la queue. Toute la partie du dessin restée en blanc est soigneusement évidée et polie dans l’original.
(Figure extraite de L’Anthropologie. Masson et Cie, édit.)
J’ai négligé systématiquement les gravures modernes rentrant dans la catégorie de celles que M. Flamand a baptisées libyco-berbères, reconnaissables au premier coup d’œil à leur grossièreté, à l’absence de patine, au trait sans profondeur et « pointillé », comme aussi aux inscriptions qui les accompagnent. Au col de Zenaga la seule inscription de quelque longueur est en langue arabe (versets du Coran) ; les inscriptions en caractères libyco-berbères sont rares et de quelques lettres. Les gravures mêmes de cette époque sont en proportion extrêmement faible, comparée aux autres ; j’ai noté des sceaux de Salomon, des sandales (pourtour extérieur d’un pied humain ou plutôt d’une sandale). Ces dernières plus intéressantes puisqu’elles abondent en pays Touareg.
Station de Barrebi. — A 150 kilomètres au sud de Figuig, le long de la Zousfana, j’ai longuement étudié la station de Barrebi[69].