Les bœufs sont très fréquents ([fig. 22,] A ; [fig. 24,] A et D ; [fig. 23,] D ; et sans doute aussi [fig. 22,] E). On les représente bâtés ([fig. 22,] D et [fig. 25,] no 5).

On sait que les bœufs zébus, originaires du Soudan, font partie du cheptel habituel au Hoggar[88]. Au Soudan à tout le moins on les utilise comme bêtes de somme.

Le sanglier ([fig. 21,] A) existe peut-être au Hoggar ? et en tout cas dans l’Adrar’ des Ifor’ass (phacochère), et dans l’Aïr.

La station de Foum Zeggag, qui par ailleurs est insignifiante, a ceci de particulier qu’on y voit deux éléphants incontestables, l’un a environ 1 m. 50 dans sa plus grande dimension, l’autre 0 m. 50. C’est ce dernier qui est reproduit ci-contre d’après un simple dessin (et non pas d’après un calque) [figure 25.] Ces gravures d’éléphants ne sont pas patinées, et à leurs dimensions près elles n’ont aucun des caractères qui caractérisent les vieilles gravures. Si l’éléphant est tout à fait étranger à la faune de l’Ahnet, il ne faut pas oublier que les Touaregs de l’Ahnet passent les années de sécheresse dans l’Adr’ar des Ifor’ass, où ils sont chez eux, à proximité du Niger. L’éléphant leur est familier, comme d’ailleurs la girafe.

Je n’essaie pas davantage d’identifier des dessins mal venus et cocasses ([fig. 22,] C et F).

En résumé, comme conclusion d’ensemble, toute cette faune est contemporaine. Elle n’est pourtant pas rigoureusement actuelle. Il y a là une nuance qu’il est facile de préciser ; il est évident que le nombre des bovidés représentés (dont quelques-uns bâtés), est tout à fait disproportionné au nombre des méharis. Ceci nous reporte à une époque ou ceux-ci, d’introduction récente, n’avaient pas encore complètement supplanté ceux-là, les bœufs nigériens, bêtes de somme garamantiques.

D’ailleurs la représentation de la figure humaine achève de lever tous les doutes sur l’âge approximatif de nos gravures.

Qu’on examine [figure 20,] A, le javelot que brandit le chasseur (voir aussi [fig. 21,] A), il semble bien que ce javelot se termine par un fer de lance.

Que l’on compare cet armement avec celui qui est figuré sur les vieilles gravures algériennes publiées par Pomel[89] ; et dont le caractère néolithique est incontestable. Evidemment notre chasseur est très postérieur ; le sauvage a été promu barbare.

Pourtant il n’est pas actuel. La plupart des êtres humains figurés sont nus, tout au plus peut-on imaginer qu’ils ont un pagne autour des hanches. Voilà qui est tout à fait contraire aux habitudes actuelles ; le Touareg comme tout musulman, est un paquet d’étoffes flottantes. D’ailleurs l’attirail de guerre du Touareg est bien connu, il a été popularisé par la gravure, un immense bouclier carré, une très longue lance en fer, un sabre très long sans pointe, arme de taille. Ce sont des armes tout à fait appropriées pour un méhariste. Or les chasseurs ou les guerriers de nos reproductions ([fig. 21,] A ; [fig. 20,] A ; [fig. 24,] E) sont invariablement armés d’un bouclier rond tout petit et de trois javelines.