Cependant le navire avait levé l'ancre et, toutes voiles dehors, s'éloignait de l'île. Lorsque Hélène monta sur le pont, elle n'aperçut, dans le lointain, qu'une mince bande de terre qui bientôt disparut à son tour hors de vue.
Elle se retrouvait de nouveau sur cet océan immense et perfide qui avait failli la séparer à tout jamais de sa patrie et de sa mère bien-aimée, et qui maintenant la séparait pour toujours du coin de terre où son père dormait son dernier sommeil.
Elle se transportait par la pensée dans son pays natal où, à l'extrémité de la ville, au milieu d'un jardin fleuri, s'élevait une petite maison proprette, sous le toit de laquelle elle avait passé les années insouciantes de son enfance. Puis elle se remémorait les belles années d'école, les devoirs préparés en compagnie d'amies aimantes, les jeux si gais à l'air froid et piquant, les courses en traîneaux, le patinage, etc. Puis, elle se rappelait la maladie de son père, leur départ, et des larmes roulaient sur ses joues.
—Eh bien, pourquoi cette rêverie, mademoiselle? lui dit le capitaine en interrompant le cours de ses sombres pensées. Si le temps continue à nous être aussi favorable, et que nous n'ayons pas à combattre contre les vents contraires, dans cinq semaines nous serons chez nous.
Quelques jours plus tard, un matin, se dessinèrent au loin les contours familiers du cap de Bonne-Espérance.
Pendant la route, Hélène passait presque tout le temps sur le pont, sa lunette à la main. Ses amis, «Petit ami» et «Joli», devinrent bientôt les favoris de tout l'équipage; le dernier surtout amusait tout le monde avec son bavardage.
Grâce au vent favorable, le navire atteignit les rivages de l'Angleterre en quatre semaines.
Là, le capitaine trouva le jour même un navire qui devait se rendre le lendemain dans la ville natale d'Hélène, et dont le capitaine consentit volontiers à emmener la jeune fille.
Avec un sentiment de reconnaissance profonde, Hélène prit congé du capitaine et de sa femme, qui lui promirent de revenir la voir dès que l'occasion s'en présenterait.