A ces mots, le capitaine s'éloigna.
Hélène recueillit soigneusement son journal, emballa le peu d'effets qu'elle possédait et expédia le tout sur le rivage avec le matelot en lui disant qu'elle allait bientôt le rejoindre.
Tristes furent ces préparatifs et profondément pénibles ses adieux à ces lieux chéris où tout lui rappelait si vivement son père. Après avoir embrassé à plusieurs reprises ses chèvres, elle ouvrit la clôture et leur rendit la liberté. Mais les animaux aimants ne voulaient pas la quitter et la suivaient partout. Pour la dernière fois, elle visita, en compagnie de ses favorites, ces sites si familiers et gravit la haute montagne de l'autre côté de laquelle, semblables à des sentinelles silencieuses, se dressaient les sombres cyprès, qui abritaient sous leur ombrage les cendres vénérées de son père. Les yeux inondés de larmes, elle tomba à genoux et, disant un dernier adieu à cet endroit sacré, elle descendit, le cœur gros, sur la grève où l'attendait le canot.
Après avoir, pour la dernière fois, caressé ses chèvres, elle s'embarqua dans le canot, où elle fut aussitôt suivie par «Petit ami». «Joli» était perché sur son bras. Le canot démarra et se dirigea rapidement vers le navire. Hélène regardait avec tristesse ses chèvres qui saluaient son départ de bêlements plaintifs.
Elle fut accueillie sur le navire par le capitaine et sa femme, une personne d'un certain âge dont la physionomie respirait la bonté.
—Eh bien, voilà la jeune fille dont je viens de te parler! fit-il d'un ton badin, en présentant Hélène à sa femme.
La bonne dame lui sourit affectueusement et l'emmena dans sa cabine.
Là, tout en lui cherchant un costume plus convenable et des chaussures neuves, afin de remplacer ses vêtements usés et ses sandales incommodes, elle la pria de lui conter en détail sa vie dans cette île déserte. Avec un intérêt profond, elle écouta le récit douloureux de la jeune fille, dont les yeux, au souvenir de son père, se mouillèrent plus d'une fois.
Lorsqu'elle eut terminé son récit, la femme du capitaine l'embrassa avec effusion et s'efforça de calmer sa douleur en lui prodiguant des paroles de réconfort et d'encouragement. Cette sollicitude maternelle et cette chaude consolation touchèrent profondément Hélène. Dans un élan de reconnaissance, elle embrassa sa mère adoptive et se serra avec confiance contre son cœur.
—Et maintenant, mon enfant, dit l'excellente dame, j'ai à m'occuper de mon ménage. Vous pouvez vous promener, en attendant, sur le pont ou bien vous occuper à quelque chose ici. Voilà la chambre qui vous est destinée, ajouta-t-elle, en indiquant une porte entr'ouverte qui menait dans une petite cabine gentille et proprette.