La voix douce du marin donna du courage à la jeune fille. En quelques mots, elle lui conta son histoire simple et douloureuse et finit par le prier timidement de l'emmener avec lui et de la rapatrier.
La voix douce du marin donna du courage à la jeune fille.
—Soyez tranquille, mon enfant, fit le capitaine en lui frappant doucement sur l'épaule. Je vous aiderai à revenir dans votre patrie. Par mon entremise, le sort vous délivre de cette captivité! La dernière tempête a entraîné notre navire loin de notre route directe et balayé du pont presque tous les tonneaux d'eau douce. En apercevant cette petite île qui ne se trouve même pas marquée sur la carte marine, j'ai dirigé de ce côté mon navire pour l'approvisionner d'eau, et le feu que vous avez allumé cette nuit m'a aidé à me guider. Et maintenant, ma chère fillette, faites vos préparatifs de départ. Je vois que mes matelots terminent leur besogne. Dans une heure, nous levons l'ancre.
—Est-ce que vous voudrez bien me permettre d'emmener avec moi «Petit ami», «Joli» et mes chèvres? demanda timidement Hélène.
—Vous pouvez emmener «Petit ami» et «Joli», mais je vous conseille de laisser ici vos chèvres: elles ne supporteraient pas un aussi long voyage. Montrez-moi maintenant votre habitation.
Le capitaine donna ordre à l'un de ses matelots de le suivre et se rendit avec la jeune fille dans sa caverne.
«Joli» vola de loin à la rencontre de sa maîtresse, tandis que les chèvres l'attendaient devant la clôture en bêlant.
Le vieux marin fut très étonné à la vue du ménage d'Hélène, si bien organisé et où régnait un ordre et une propreté exemplaires.
—Comme il fait bon ici! quel pays bienheureux! s'écria-t-il en promenant ses regards sur la colline verdoyante, le lac cristallin et le bois luxuriant. Je porterai cette île sur la carte et je conseillerai aux émigrants de venir habiter ici. Chez eux ils souffrent du manque d'ouvrage et s'en vont par centaines en Amérique, où il devient aussi très difficile de gagner son pain quotidien, tandis que, avec de petites ressources et relativement très peu de travail, ils peuvent, dans un court espace de temps, transformer cette île en un grenier d'abondance, qui assurera à tout jamais leur existence… Mais il est temps de nous mettre en route. Je retourne sur le navire et vous, mademoiselle, donnez vos effets au matelot, il vous aidera à les porter jusqu'au canot. Ne tardez pas; tâchez de vous trouver dans une heure sur le rivage où vous attendra une embarcation.