Mais un coup de canon se fit entendre du navire, qui rappelait le canot, et Hélène, à son grand regret, dut interrompre ses observations.
En remontant à bord, elle s'aperçut que le capitaine paraissait très inquiet. Les matelots couraient de part et d'autre, grimpaient sur les mâts et en descendaient avec la rapidité des chats; le capitaine se multipliait partout et partout résonnait sa voix forte et impérieuse.
Profitant d'un instant de répit, Hélène l'interrogea sur le motif de l'alarme générale. Pour toute réponse, il lui indiqua un petit nuage sombre qui s'élevait au bout de l'horizon. Au-dessus d'eux le soleil resplendissait, le ciel était serein et le temps magnifique. Il sembla à Hélène que les appréhensions du capitaine étaient exagérées.
Moins d'un quart d'heure après, le nuage montait lentement et majestueusement, obscurcissait le soleil et bientôt couvrait presque la moitié du firmament. Puis un brusque tourbillon s'abattit sur le navire et un vent effroyable se déchaîna. Le vaisseau s'inclina sur le côté et la mer, un instant avant unie et immobile, s'agita, mugit; les vagues se dressèrent menaçantes.
Le nuage sinistre s'avançait rapidement et soudain, en plein jour, une nuit noire et impénétrable s'établit.
—Le typhon, le typhon! s'écrièrent les matelots pleins de terreur, en descendant rapidement des mâts sur lesquels ils repliaient les voiles.
Quelques instants plus tard, les ténèbres s'illuminèrent subitement à la lueur éblouissante d'un éclair et tout le ciel s'embrasa. On entendit des roulements assourdissants de tonnerre, et les nuages crevèrent en une telle averse, qu'il semblait que le navire ne tiendrait pas contre ce déluge et coulerait à fond. La mer mugissait tumultueuse.
Le navire n'obéissait plus au gouvernail. Il roulait au milieu des vagues qui bouillonnaient comme dans une chaudière, en décrivant sur la mer des cercles énormes. Rester sur le pont,—impossible; c'eût été s'exposer à une mort certaine. Tous les passagers s'étaient réfugiés dans les cabines et, recommandant leurs âmes à la Providence, attendaient l'issue fatale.
Brusquement un silence sinistre, un silence de mort s'établit. Tous croyaient leur dernière heure venue. L'attente anxieuse de quelque chose d'effroyable augmentait encore l'horreur de ce moment. Subitement l'ouragan se déchaîna avec une force redoublée. Sur le pont un coup formidable retentit qui ébranla tout le navire. Un instant après les mâts étaient emportés à la mer.