Mais les adieux de sa mère bien-aimée lui causèrent beaucoup de chagrin. Ce fut en pleurant qu'elle reçut sa bénédiction, en pleurant qu'elle lui promit de soigner le vieillard avec la sollicitude la plus dévouée.
Le père et la fille se rendirent à bord du brick Le Neptune, que commandait l'un des amis du vieux marin. Un vent favorable les porta rapidement en pleine mer et les rives de leur pays natal disparurent bientôt derrière l'horizon. A peine la dernière bande de terre se fut-elle dérobée à ses regards, que des larmes brillèrent aux paupières d'Hélène; il lui sembla que jamais elle ne reverrait sa mère, ses amies, sa patrie… L'océan immense lui apparut comme un désert sombre; un sentiment d'indicible tristesse s'empara de son âme.
Le troisième jour, Hélène aperçut dans le lointain une flottille considérable de petits navires, qui tournaient autour d'une seule et même place. Ayant regardé dans la lunette d'approche, elle s'aperçut, que ces navires, les voiles déployées, pêchaient quelque chose au fond de la mer.
—Voyez, voyez! fit-elle en s'adressant au capitaine; quelle multitude de pêcheurs, là-bas, sur un seul point! Il est à croire qu'il y a là beaucoup de poisson.
—Non, Hélène, ce n'est pas du poisson qu'on pêche là-bas, mais des huîtres. Ici se trouve une des plus riches huîtrières.
—Est-ce qu'on peut les pêcher à l'aide des filets? Les huîtres gisent pourtant au fond de la mer.
—On emploie pour cette pêche un engin peu compliqué, qui rappelle la drague, et que l'on traîne sur le fond de la mer en arrachant ainsi les huîtres qui y adhérent.
—Mais de cette façon on finira par les détruire toutes?
—Non, mon amie, fit observer le père d'Hélène, assis non loin de là. Les huîtres se multiplient dans des proportions incroyables. Une seule huître reproduit plusieurs millions de ses semblables et pourrait remplir de sa postérité plusieurs milliers de tonneaux. Malheureusement, elles sont exposées à bien des dangers pendant leur développement. A un certain moment, ces petits êtres s'élèvent par myriades, semblables à une poussière vivante, au-dessus de leur banc et errent en liberté, jusqu'à ce que vienne pour elles le temps de se fixer. Pendant cette période, elles périssent en quantité innombrable: les courants marins, les flux et les reflux les emportent loin du banc et leur enlèvent ainsi la possibilité de trouver le sol nécessaire pour se fixer. Ensuite, les poissons en dévorent un grand nombre; les écrevisses guettent l'instant où la pauvre huître ouvrira ses valves pour se régaler de sa chair savoureuse; les étoiles de mer les sucent avidement, et les limaçons, perçant avec leur trompe des trous dans la coquille, se saisissent ainsi de leur proie. Si la très sage nature n'avait soin d'augmenter continuellement leur nombre, elles auraient bien vite disparu de la surface de la terre.