Autour d'eux s'étendait une immense plaine d'eau.

Tout en écoutant son père, Hélène suivait curieusement du regard la petite flottille, jusqu'à ce qu'elle se fût évanouie à l'horizon.

Le temps se maintenait toujours très beau. Le sixième jour de leur voyage, les voyageurs entrèrent dans l'Océan Atlantique. Autour d'eux s'étendait une immense plaine d'eau. Alors seulement Hélène comprit, pour la première fois, ce que c'était qu'une mer bleue: la teinte vert-trouble de la mer du Nord faisait place ici à l'azur le plus intense. Ce n'était pas seulement une eau colorée légèrement à la surface, mais une masse épaisse de saphir également bleue au soleil et à l'ombre.

—Papa, fit la fillette, en s'adressant à son père assis à ses côtés; je n'ai jamais vu la mer d'un bleu aussi beau. Celle de nos côtes est tout simplement trouble en comparaison de ce que je vois ici.

—Ce bleu, ma petite amie, résulte de la présence du sel dans l'eau de la mer; il est particulièrement visible dans l'eau chaude du courant équatorial dont font partie le Gulf-Stream et le Currosivo. A ce courant bienfaisant, des contrées entières doivent leur existence. Que deviendrait sans lui notre Norvège? C'est grâce à lui et à lui seul, que notre climat est relativement si doux. A l'extrême nord de notre pays, on voit verdir des forêts et fleurir des plaines, tandis que dans d'autres contrées, sous la même latitude, toute la végétation s'engourdit sous la glace et les gelées. Le Gulf-Stream porte ses dons même au lointain Spitzberg, sur les rives duquel on trouve souvent des arbres venus des contrées méridionales de l'Amérique et des bords du Mississipi. Le Currosivo joue le même rôle à l'égard du littoral méridional de l'Alaska, et occidental de l'Amérique du Nord. En sortant du chaud Océan Indien, il baigne les rivages de l'Asie orientale et s'avance très loin vers le Nord. Les Aléoutiens, qui habitent le littoral du nord-est, ne connaissent presque pas d'autres bois que celui qui leur est fourni par le Currosivo des côtes de la Chine.

Cependant le vaisseau fendait lentement les ondes, en laissant derrière lui un léger sillage, qui semblait, sous les rayons brillants du soleil à son déclin, refléter des millions de petites étoiles scintillantes. La mer elle-même étincelait et s'ensanglantait de pourpre. Des nuages blancs glissaient sur le ciel d'un rose violacé, dessinant les contours fantastiques et bizarres d'édifices féeriques, d'animaux et de monstres qui lentement disparaissaient pour faire place à d'autres. Hélène se tenait sur le pont, ravie de ce spectacle merveilleux.

CHAPITRE II

Les thons.—Les pêcheurs bourreaux.—Les pétrels.—La tempête.—Le corsaire.—Un incendie en mer.—Sauvés!—La destruction du Neptune.

Depuis trois semaines régnait un temps magnifique.

Le navire se trouvait alors à proximité du détroit de Gibraltar; il s'arrêta dans la rade de Lisbonne, où le capitaine avait à débarquer un petit chargement de marchandises. Sur le rivage, c'était une activité fébrile. Des centaines de canots allaient et venaient dans toutes les directions. On apprit qu'on se livrait à la pêche du thon. La pêche de ce poisson énorme, qui, comme son père le disait à Hélène, pouvait atteindre deux toises de longueur, constitue l'industrie principale de la plupart des pêcheurs espagnols, français et italiens. A une certaine époque de l'année, ils s'approchent des côtes en grandes troupes, pour frayer.