Cependant le soleil ardent avait séché tout ce qui était mouillé: Hélène prépara pour son père une couchette de feuilles sèches sur lesquelles elle étendit une couverture de laine. Avec un sentiment indicible de satisfaction et de bonheur, elle embrassa le vieillard et, s'enveloppant dans sa molle couverture, se coucha auprès de lui. Ce travail inaccoutumé l'avait tellement fatiguée, que, sans presque faire attention au beau clair de lune, elle s'endormit instantanément du sommeil profond de la jeunesse.
Cependant la lumière argentée de la lune, presque aussi vive que celle du jour, brillait d'un éclat si éblouissant, que les oiseaux mêmes y furent trompés. Au-dessus de la jeune fille endormie et de son père résonnèrent longtemps encore, dans le silence de la nuit, les trilles sonores du rossignol du Bengale et d'autres habitants emplumés de l'île déserte.
CHAPITRE VIII
Une nuit terrible.—L'ouragan.—Une trombe dévastatrice.—Appréhensions.
Vers minuit, Hélène fut réveillée soudain par un bruit terrible. Autour d'elle régnait une obscurité tellement profonde et impénétrable, qu'il était impossible de distinguer même les objets les plus proches. Saisie de terreur, elle se tourna instinctivement vers son père et, sentant sa main dans la sienne, elle se serra, apeurée, contre lui.
—Prépare-toi, ma fille, à un spectacle effroyable, fit le vieillard d'une voix émue. Nous allons essuyer un ouragan violent.
A ce moment, tout près d'eux, brilla un éclair qui les éblouit, et la foudre frappa les rochers du rivage avec une telle force, que des étincelles se mirent à pleuvoir de tous les côtés; puis elle tomba avec un fracas assourdissant sur la mer agitée. Il semblait que le sol fût ébranlé par ce choc terrible dont les échos répétés se répercutèrent avec un bruit sourd dans les gorges des montagnes. Immédiatement après se fit entendre dans les sommets des arbres un bruit étrange.
—C'est la pluie, fit le vieillard, qui n'avait pas vu l'éclair.
Les gouttes étaient si grosses et frappaient avec une telle force contre les rochers, qu'on eût dit une pluie de cailloux.
Mais bientôt la situation du père et de la fille sur le rivage devint encore plus critique. L'averse avait inondé les gorges des montagnes et roulait maintenant en large torrent impétueux vers la mer, submergeant tout sur son passage.