Elle revint auprès de son père avec une énorme grappe de raisin et deux oranges.

—Quel arbre étrange j'ai vu tout près d'ici, papa! fit-elle. Son tronc est très haut et ses feuilles sont plus grandes que moi. Sur quelques-uns de ces arbres croissent de belles fleurs bleues, tandis que sur d'autres, tout à fait semblables, on voit de gros fruits mûrs d'une couleur jaune, ayant l'aspect de plusieurs concombres soudés ensemble.

—Ce sont des bananes, mon enfant, fit observer le vieux marin, les fruits les plus précieux du midi. Dans les contrées tropicales, ils jouent un rôle tout aussi important que le blé dans celles du Nord. Les indigènes se nourrissent presque exclusivement de ces fruits. Mais ils croissent à une hauteur telle, qu'il ne te sera guère facile de les atteindre.

—Ah! si j'étais plus haute au moins de deux mètres, fit en riant Hélène, je te régalerais immédiatement, père, de ces fruits. Leur apparence est assez belle et ils doivent être très savoureux.

—Ils ne sont pas seulement savoureux, ils sont aussi très nourrissants. Mais regarde, Hélène, si notre feu a achevé de brûler. Tu pourras alors cuire les œufs. Tu n'as qu'à faire une ouverture à l'un des bouts et poser l'autre dans la cendre: ils seront vite cuits.

Ayant achevé avec son père ce modeste déjeuner, Hélène résolut d'apporter aussitôt du navire sur le rivage tout ce que ses forces lui permettraient d'enlever.

«Si ce pays est inhabité, se disait-elle, il n'y a pas d'objet qui, un jour ou l'autre, ne nous soit d'une grande utilité.»

Elle attendit avec impatience la marée basse, et se hâta vers le navire. La mer était parfaitement calme et elle parcourut en sûreté le banc de sable presque à sec.

Montée sur le pont, Hélène rassembla tout ce qu'elle espérait de pouvoir emporter sur le rivage avant la marée haute. Ayant jeté sur le banc de sable, entre autres choses, deux casseroles en fer-blanc, une hache, une pelle, des chaussures et des vêtements pris dans les coffres, la fillette descendit et commença à transporter ces effets sur le rivage. La perspective de se trouver munie d'une foule de choses nécessaires et utiles lui donnait du courage et, sans ménager ses forces, elle travaillait avec une hâte fébrile.

Vers le soir, il y avait sur le rivage quantité d'objets de toutes sortes, et tous paraissaient précieux à Hélène.