Cependant la trombe marine s'approchait du bord avec un bruit terrifiant, en continuant d'aspirer d'énormes masses d'eau. Elle atteignit le banc de sable, qu'Hélène avait parcouru il y avait si peu de temps, s'avança vers le rivage et, lentement, se retourna vers le navire brisé. Au bout de quelques minutes s'élevèrent vers le nuage noir des débris de mâts, des poutres, des solives; et un instant plus tard la trombe marine courait vers le cap qui s'avançait au loin dans la mer. Le danger imminent s'éloignait et la pauvre fillette respira plus librement.

Mais elle ne pouvait pas encore vaincre son horreur à la vue de ce terrible phénomène de la nature. Avec une attention fébrile, elle suivait des yeux la trombe gigantesque qui avait gravi sur le cap et, entraînant avec elle des pierres et des débris de rochers, labourait la terre, déracinait les arbres et projetait les fiers palmiers haut dans les nuages flamboyants. Traversant le cap, la trombe descendit de nouveau dans la mer et commença à s'éloigner rapidement du bord. Mais voilà qu'elle s'arrêta brusquement et la mer bouillonna autour d'elle. Elle trembla, chancela et, comme sous l'influence d'une force invisible, se déchira soudainement en deux. Avec un fracas assourdissant, le flot gigantesque roula dans la mer, tandis que le nuage qui s'en était séparé continuait toujours à chanceler. Le rayon aigu d'un éclair le poignarda et le fendit dans toute sa longueur. Avec le même fracas horrible, toute cette énorme masse d'eau se précipita subitement sur l'île et pour un instant inonda tout le rivage.

Hélène poussa un cri de terreur. Elle crut que cette soudaine inondation allait l'emporter avec son père dans la mer. Mais le vieillard s'accrocha fortement à l'arbre, sans lâcher sa fille.

Bientôt le danger disparut complètement. Le nuage noir se dissipa, le ciel redevint serein et la lune illumina de nouveau de sa douce lueur ce lieu de dévastation. Le vent commença à tomber et sur la haute voûte céleste brillèrent de nouveau des millions d'étoiles. Le silence régna dans l'île: seule, la mer agitée mugissait encore en lançant au pied des rochers d'énormes vagues écumantes.

Hélène se mit à chercher des yeux un endroit sec où reposer, mais partout son regard rencontrait des traces du terrible orage. Le seul point où l'on pût tant soit peu s'abriter, était précisément celui où ils se trouvaient.

Avec une douleur inexprimable, la jeune fille contemplait le coin où elle avait placé les objets apportés du navire: ils avaient été emportés dans la mer—tout son travail était perdu. La tempête les avait privés de tout, et les mettait encore une fois dans la même situation critique où ils se trouvaient en débarquant.

Cette découverte causa tant de chagrin à Hélène, qu'elle éclata en sanglots. En apprenant le motif des larmes de sa fille, le vieillard aveugle soupira profondément et l'attira contre lui avec tendresse.

—Quand il fera jour, mon enfant, dit-il enfin, emmène-moi loin du rivage, derrière les montagnes. Nous ne pouvons pas rester ici!

Hélène était également désireuse de quitter ce rivage maudit.

—Peut-être trouverons-nous là-bas une hutte et des gens qui nous donneront un abri. Est-ce que tu n'as pas remarqué sur la côte ou sur les arbres des traces quelconques de la présence des hommes? demanda le vieillard.