—Non, mon enfant. Je savais que tu suivrais mon conseil et que tu serais prudente.

Après avoir entendu le récit détaillé de sa fille, le vieux marin se mit à réfléchir.

—Tu dis que tout ce qui se trouve là est dans l'abandon? demanda-t-il après quelques instants de méditation.

—Oui, dans la caverne tout était recouvert d'une couche épaisse de poussière et de sable; quant aux marches de l'escalier, elles sont complètement dissimulées sous la terre et la mousse. Tout indique qu'elles n'ont pas été foulées par le pied depuis un grand nombre d'années.

—A en juger par la date gravée dans le roc, des hommes ont vécu ici il y a plus de cent ans, fit observer le vieux marin. Si quelqu'un demeurait ici en ce moment, tu trouverais des traces plus évidentes. Peut-être, dans ce temps éloigné, un malheureux avait-il, comme nous, fait naufrage sur cette rive et, si ma supposition était vraie, nous tirerions beaucoup de profit de son séjour dans cette île. Il est probable, que c'est lui qui avait planté le raisin et élevé le berceau au bord du lac dont tu m'as parlé.

—Qu'il serait bon de nous établir dans le berceau, sous le figuier! Tout y respire un calme et un apaisement que rien ne trouble.

—Nous verrons, mon enfant. Ce soir, tu m'y conduiras, et demain tu exploreras la rive opposée du lac.

CHAPITRE XI

Installation dans la vallée.—Une soirée tropicale.—Une lettre étrange.—Pensées inquiètes.

Le soleil s'abaissait déjà sur l'horizon, lorsque le père et la fille, après un court repos, commencèrent à descendre dans la vallée. Et quand ils s'approchèrent du berceau de verdure sous le figuier, les hauts palmiers de la vallée jetaient de grandes ombres, à chaque instant accrues.