CHAPITRE XVI
Vue du haut d'un palmier.—La cave.—Le brancard.—Coucher de soleil. Les étoiles filantes.
Lorsque, trois heures environ plus tard, ils arrivèrent à l'endroit où Hélène avait laissé l'échelle, le vieux marin s'assura d'abord de la solidité des liens qui retenaient les traverses, puis il se mit en mesure d'aider sa fille à appuyer l'échelle contre un palmier. Hélène prit la hache et commença à monter avec précaution. L'échelle pliait et se balançait sous elle. Enfin, elle arriva jusqu'à la cime. Triomphante, elle l'entoura de ses bras et jeta un regard autour d'elle. Au-dessous s'étendait, comme dans un panorama, le lac qui miroitait au soleil, le petit bois qu'elle connaissait si bien avec ses cavernes et ses berceaux et, dans le lointain, la forêt vierge avec son feuillage sombre et touffu. A droite, le bois de palmiers ondulait comme une mer. Les palmiers solitaires qui s'élevaient sur les rochers escarpés offraient un aspect particulièrement beau. Une brise fraîche soufflait du large et, comme s'ils causaient entre eux, ces sveltes et puissants palmiers, qui contemplaient avec sérénité les eaux immenses de l'Océan, inclinaient doucement leurs cimes. Hélène ne comprenait pas comment un arbre aussi élancé pouvait résister aux tempêtes et comment les ouragans ne le précipitaient pas dans la profondeur des flots.
—Hélène, que fais-tu donc là? appela son père, étonné du silence prolongé de sa fille.
—Rien, papa, je me suis oubliée dans la contemplation du paysage! fit en sortant de son rêve la jeune fille.
Elle leva la hache et à peine eut-elle touché la branche flexible, que les fruits mûrs qui y étaient suspendus, fendirent l'air en sifflant et vinrent frapper la terre en roulant loin de l'arbre.
Au premier moment, le vieillard eut sérieusement peur, lorsque cette masse lourde tomba avec fracas à côté de lui, mais en entendant d'en haut la voix de sa fille, il se rassura aussitôt.
Après avoir abattu une seconde branche chargée de fruits, Hélène redescendit et, avec l'aide de son père, transporta les noix dans la caverne.
Pour les empêcher de se gâter, Hélène, sur le conseil de son père, résolut de construire une cave. A quelques pas de la caverne qu'ils avaient choisie pour leur habitation, il s'en trouvait une autre plus petite, encombrée de terre, de sable et de pierres et, par sa situation, très appropriée à cet usage. La nettoyer ne présentait pas, à ce que l'on pouvait supposer, trop de difficultés, et c'est pourquoi Hélène se mit tout de suite à la besogne, espérant d'achever l'installation de la cave avant le soir.
Mais cette tâche n'était pas si aisée qu'elle l'avait d'abord imaginé.