Son attention fut fixée par la belle plante aquatique, autour de laquelle nageaient les cygnes. Ses fleurs magnifiques, d'un blanc rosé, se dressaient au milieu des grandes feuilles clypéiformes à reflet métallique d'argent qui s'étalaient à la surface de l'eau.
Hélène arracha une de ces fleurs avec sa racine et, après avoir puisé de l'eau, revint auprès de son père, à qui elle décrivit cette fleur remarquable.
—C'est le lotus, fit le vieux marin en en palpant la longue tige et la racine. J'ai vu cette fleur en Chine, où des centaines, des milliers d'hommes se nourrissent avec les racines de cette plante remarquable, qui renferment une grande quantité de farine. Mais en outre il faut que tu saches, mon enfant, que cette plante a aussi une importance historique. Dans les anciens temps, les poètes l'ont chanté et les artistes l'ont figuré sur les monuments comme le symbole de la fertilité. En Égypte, sur les colonnes des ruines de Karnak, on peut encore voir l'image de cette fleur. Te souviens-tu, Hélène, des lectures d'Homère, que tu me faisais à la maison? Je me rappelle le passage où ce poète parle du lotus comme de la plante nourricière de tout un peuple.
«Quiconque a goûté à la plante du lotus» etc. Cette plante est connue depuis un temps immémorial, non seulement en Perse, en Égypte et en Chine, elle fleurit même dans toute sa splendeur à l'embouchure du Volga. Mais nulle part on ne l'honore autant qu'en Chine. Là, elle jouit non seulement de l'amour du peuple, mais elle est considérée comme la plante favorite du dieu Bouddha, dont les temples sont toujours ornés de ces fleurs, symbole de la beauté et de la pureté! Le peuple croit que les âmes des trépassés s'assemblent au jour fixé au milieu des lotus et leur prépare un accueil solennel: on fixe aux tiges et aux feuilles un grand nombre de petites bougies et on place, tout autour, de la nourriture et de la boisson. Tard dans la nuit arrive le dieu Bouddha; il s'asseoit sur une feuille et se met à juger les âmes des défunts, les récompensant ou les punissant selon ce qu'ils ont mérité.
Après qu'elle eut écouté avec curiosité ce récit si intéressant de son père, lui expliquant en quelques mots la croyance de tout un peuple, Hélène se mit en devoir de cueillir des fruits et de pêcher des huîtres pour le déjeuner.
Aucun souffle n'agitait les hauts palmiers du rivage. Involontairement, elle s'arrêta devant ces arbres magnifiques, dont les larges feuilles s'élevaient à une hauteur inaccessible, ne laissant passer que de rares rayons de soleil. Au milieu de cette sombre verdure on voyait les fruits mûrs qui attiraient les regards.
Hélène se prit à songer. Atteindre les cimes des palmiers sans échelle était chose impossible. Après quelques instants de réflexion, elle courut vers la forêt de bambous et voulut casser quelques perches, mais le bambou pliait sans se briser. Elle revint alors chercher la hache dans le berceau du Français, et coupa de longues perches. Après les avoir ébranchées, elle abattit plusieurs autres bambous, les fendit en une trentaine de traverses et se mit à les attacher fortement avec des lianes minces, qui remplaçaient très bien les cordes.
Elle était tellement absorbée par la construction de son échelle qu'elle ne s'aperçut pas que midi était arrivé. La sueur tombait à grosses gouttes de son visage hâlé. Après quelques tentatives infructueuses, elle réussit enfin à attacher fortement les traverses, et l'échelle se trouva prête. Il n'y avait qu'à l'appuyer contre l'arbre et à cueillir les fruits. Mais après quelques efforts inutiles, Hélène dut renoncer à cette idée. Quoique l'échelle fût relativement légère, elle ne parvenait pas à la soulever et à l'appuyer contre l'arbre.
Dépitée, elle se dirigea vers le banc de sable, prit quelques huîtres et rejoignit son père, qui commençait déjà à s'inquiéter de cette longue absence.
—Ne te chagrine pas, mon enfant, lui dit-il par manière de consolation, lorsqu'elle lui eut conté sa tentative infructueuse pour parvenir jusqu'aux noix de coco: je t'aiderai à placer l'échelle. Tu as eu tort de n'avoir compté que sur tes seules forces. Nous irons ensemble.