En poussant un profond soupir, elle déplia le morceau de soie bleue et l'attacha à l'extrémité d'une perche, comptant employer les autres en guise de supports. Mais elle chercha en vain sur la montagne une crevasse ou tout autre emplacement favorable pour y planter le pavillon. Les pierres et les débris des roches, dispersés autour d'elle, lui inspirèrent l'idée de les rassembler dans ce but en un tas.
Nulle part on ne découvrait la moindre tache sur la vaste étendue des eaux.
Une heure s'était à peine écoulée que la longue perche était entourée de tous les côtés d'un monceau de pierres, au-dessus duquel flottait fièrement un grand pavillon.
Hélène considéra encore quelques instants, non sans une certaine émotion, ce morceau d'étoffe qui semblait vivre; puis jetant encore un coup d'œil sur l'horizon lointain, elle redescendit, l'espoir dans le cœur, sur le banc de sable.
Elle y ramassa une vingtaine d'huîtres et s'en revint: De loin, elle aperçut son père qui se tenait à l'entrée de la caverne et avait l'air de l'attendre avec inquiétude.
Hélène résolut de se mettre tout de suite à transporter les effets du rivage, dans la crainte d'une nouvelle tempête.
Ce travail lui prit toute la journée, pendant laquelle elle eut à peine le temps de cueillir quelques fruits pour son père. Un ballot d'étoffe imbibé d'eau l'embarrassa particulièrement. A grand'peine elle put le rouler le long de la plage. Mais quant à le passer par-dessus les rochers, il n'y fallait pas songer. Après un court moment de réflexion, elle le déplia, le coupa en grands morceaux, et de cette façon put le transporter dans la caverne.
Alors seulement elle pensa à ses petits oisillons, qui étaient restés toute la journée sans nourriture et sans doute mouraient de faim, et elle se reprocha amèrement sa distraction. En dépit de l'heure tardive, elle cueillit rapidement une poignée de baies mûres et courut vers le berceau. Quelles ne furent pas sa surprise et sa douleur, quand elle trouva le nid vide. La faim avait évidemment poussé les petits à le quitter.
Le lendemain elle descendit sur le bord du lac pour chercher de l'eau. Au milieu des plantes aquatiques à fleurs blanches elle aperçut, à sa grande joie, deux cygnes à peine couverts de plumes, dans lesquels elle reconnut tout de suite ses nourrissons. Elle se mit à leur jeter des baies; mais les cygnes ne s'approchaient pas d'elle et se tenaient à distance. Hélène regretta beaucoup d'avoir laissé passer l'occasion d'apprivoiser ces oiseaux intéressants, mais il était trop tard pour réparer le mal.