Le capitaine monta sur la passerelle, regarda attentivement avec sa longue-vue dans la direction indiquée et, ayant reconnu aussitôt un corsaire dans le navire, donna ordre de mettre immédiatement à la voile, espérant ainsi pouvoir à temps se mettre à l'abri dans le port.
Mais le corsaire s'approchait rapidement. Une heure s'était à peine écoulée, que de son bord retentit un coup de canon qui signifiait: «carguer les voiles et attendre.» Un instant après sur le mât du corsaire s'arborait le pavillon noir.
Le capitaine consulta à la hâte son équipage. Tous, à l'unanimité, décidèrent de se défendre et de vendre chèrement leur vie. Les matelots préparèrent tout pour une défense désespérée, et chargèrent à gros boulets les quatre canons qui se trouvaient à bord.
Cependant le navire continuait à naviguer vers l'île. Le corsaire, d'un nouveau coup de canon, lui fit pour la seconde fois le signal de s'arrêter; mais voyant que le navire continuait à fuir toutes voiles dehors, il ouvrit le feu avec toutes ses pièces.
Une salve effroyable éclata. L'équipage du brick, malgré la supériorité de l'adversaire, chargeait rapidement les canons et, sans s'arrêter, répondait au feu du pirate, en lui causant à son tour un assez grand dommage.
Hélène restait tout le temps dans la cabine et, serrée contre son père, essayait de paraître calme, quoique son cœur palpitât d'effroi. Tout à coup, un boulet du corsaire brisa la vitre de la cabine et, sifflant au-dessus de leurs têtes, alla s'enfoncer profondément dans le mur. Hélène faillit perdre connaissance. Ce combat inégal ne pouvait durer longtemps. La victoire devait rester au corsaire.
Heureusement apparut dans le lointain un grand vaisseau à trois mâts qui, toutes voiles dehors, s'approchait vers le lieu du combat.
En apercevant un adversaire plus fort, le pirate jugea bon d'éviter la lutte. Il fit une dernière décharge avec toutes ses pièces et, déployant ses voiles énormes, s'éloigna rapidement.
Pourtant, quelques boulets avaient traversé la cale du navire et l'eau entrait avec bruit par ces ouvertures. Le capitaine envoya sur-le-champ quelques matelots aux pompes pour vider l'eau et les autres en bas, pour boucher les ouvertures. Mais cinq minutes s'étaient à peine écoulées que les matelots remontèrent sur le pont en déclarant que l'eau montait dans la cale avec une rapidité effroyable, et qu'il était impossible d'arriver jusqu'aux avaries.
Pour comble de malheur, un incendie éclata dans la cuisine du navire. Le feu enveloppa d'abord l'avant du pont et en quelques instants se répandit dans les agrès. Les flammes se propagèrent rapidement sur tout le navire, et le pont retentit de cris d'horreur. Tout le monde se précipita vers les canots. En vain le capitaine essayait-il de rétablir l'ordre, personne ne l'écoutait plus. L'un des canots chavira et on ne put s'en servir. L'autre pourtant fut mis à la mer; une partie des matelots s'y jetèrent avec leurs effets qu'ils avaient traînés en attendant sur le pont. Une odeur suffocante de brûlé envahit le navire.