Sur le trois-mâts on s'aperçut à temps du danger qui menaçait le brick. Deux canots s'en détachèrent et voguèrent rapidement vers le navire qui flambait.

Cependant Hélène, quoique très effrayée, avait gardé sa présence d'esprit. Elle descendit promptement dans la cabine, conduisit son père sur le pont, puis à grand'peine y porta une de leurs malles, où se trouvaient les choses les plus indispensables et les plus précieuses.

A peine les canots arrivaient-ils auprès du brick, que tout le monde s'y précipita. Le capitaine descendit le dernier.

Comme les embarcations s'approchaient du trois-mâts, une détonation formidable retentit à bord du Neptune, et immédiatement après, une colonne de flammes l'enveloppa tout entier. Évidemment, le feu avait atteint les tonneaux de poudre. Le spectacle était véritablement terrifiant. Quelques instants plus tard, toute cette masse enflammée commença, en pétillant, à descendre dans la mer et disparut bientôt sous les vagues.

Hélène se sentit frissonner à l'idée que son père et elle avaient failli succomber à une mort aussi horrible. Il lui semblait que c'était la destinée elle-même qui, au dernier moment, leur avait envoyé ce vaisseau pour les sauver.

Le capitaine accueillit avec bienveillance ses nouveaux passagers et promit de les débarquer au cap de Bonne-Espérance.

—Là, vous trouverez facilement un navire qui vous ramènera en Europe, conclut-il.

Mais il faut croire qu'une étoile funeste poursuivait Hélène et son père. Le capitaine avait eu l'intention de compléter au Cap son équipage, mais les matelots du Neptune ayant consenti à entrer à son service, il n'avait plus besoin de s'écarter de son chemin direct et il persuada à ses hôtes de se rendre avec lui dans l'Inde, où il connaissait un oculiste excellent.

Hélène regrettait beaucoup d'être obligée de s'en aller dans l'Inde, plutôt que dans la belle Italie, mais son père ne s'effrayait nullement de ce voyage et la fillette s'y résigna bientôt; elle commençait même à croire que les beautés de la nature indienne, si originale et si riche, présentaient un intérêt supérieur à celui que lui offrirait un voyage en Italie. Quant à la mer, l'enfant s'était déjà familiarisée avec elle et cette longue navigation ne lui faisait pas peur.

CHAPITRE III