Au bout de quelques instants flambait un grand feu.

Se remettant de sa frayeur, Hélène regarda plus attentivement son prétendu ennemi et, à sa grande surprise, reconnut que la bête velue qui lui avait causé une telle peur était un énorme terre-neuve.

«Il est probable que voilà le seul être qui se soit sauvé du navire naufragé,» pensa Hélène, en appelant le chien.

Le terre-neuve s'approcha d'elle timidement et elle caressa la pauvre bête qui, en signe de reconnaissance, se mit à lui lécher les mains et, sans détacher d'elle ses yeux bons et intelligents, exprima sa joie par des aboiements bruyants. Hélène se sentit très heureuse d'avoir acquis un ami fidèle et dévoué, quoique muet. Il lui sembla même qu'elle se trouvait moins seule qu'elle ne l'était quelques minutes auparavant.

Cependant l'idée du navire naufragé et de la triste destinée de son équipage ne cessait de la tourmenter, et elle se dirigea de nouveau vers le rivage en compagnie de son nouveau compagnon. «Petit ami»,—c'est ainsi qu'elle surnomma le chien,—courait en avant, se retournant à chaque pas pour regarder Hélène, comme s'il voulait avoir la certitude qu'elle le suivait.

A peine fut-elle sur la plage que son compagnon, en apercevant dans la mer le navire naufragé, se mit à hurler lamentablement. A grand'peine, elle réussit à calmer l'animal, et remarquant au loin un objet rond, s'achemina de ce côté. C'était un petit tonneau solidement fermé. Hélène le retourna avec curiosité, puis elle le défonça. Elle y trouva des biscuits de mer, dont une petite partie seulement était un peu mouillée. Cette trouvaille causa une grande joie à la jeune fille. Elle croyait avoir oublié jusqu'au goût même du pain, et elle dévora un biscuit avec un grand plaisir. Elle ne s'aperçut pas que «Petit ami» la regardait avec des yeux de convoitise, jusqu'à ce qu'enfin les aboiements eussent attiré son attention. Le pauvre terre-neuve devait avoir faim depuis longtemps car, dès qu'elle lui eut donné un biscuit, il l'avala avidement.

Hélène en mangea plusieurs et trouva qu'ils manquaient de saveur, faute de sel. Jusqu'alors, elle ne s'était nourrie que de fruits, et par conséquent, n'en avait pas ressenti le besoin; mais le pain sans sel lui rappela aussitôt la nécessité de cet assaisonnement. Elle se souvint qu'on trouve parfois sur la plage de petites anses ou flaques où, à la marée haute, pénètre l'eau de mer, qui en s'évaporant forme un dépôt de sel.

Après avoir donné à manger à son ami, Hélène se mit à suivre le rivage. Après de longues et vaines recherches, et déjà sur le point de les abandonner, elle remarqua sous un rocher une petite flaque, dont le fond était recouvert d'une poussière blanche. Ayant goûté un grain de cette poudre elle reconnut, à sa vive joie, que c'était du sel. Hélène en remplit sa poche et revint vers le tonneau qu'elle roula jusqu'à la caverne, toute heureuse de ces trouvailles si précieuses. Mais aussi, en arrivant à la grotte, elle pouvait à peine se redresser de fatigue. Ayant répandu les biscuits sur l'herbe, elle en retira ceux qui étaient mouillés et les mit à sécher au soleil, puis elle replaça le reste dans le tonneau qu'elle posa dans la caverne.

Le terre-neuve s'approcha d'elle timidement.