Elle demeura ainsi quelques instants, dans une attente pleine d'angoisse. Et voilà qu'une nouvelle lueur apparut, suivie d'un nouveau coup de canon. Hélène tressaillit et, avec une impatience fiévreuse, se mit à aviver le feu. De nouvelles lueurs brillèrent au loin, accompagnées d'autres coups de canon. Le cœur de la jeune fille frémissait d'espoir et de crainte… Mais tout redevint muet: seuls le bruit des flots et le hurlement du vent troublaient comme auparavant le silence de la nuit.

Longtemps, elle demeura immobile devant le feu qui flambait, mais elle ne put saisir le moindre bruit venant du navire. Elle serait probablement restée jusqu'au matin sur la montagne, si la pluie qui se mit à tomber en abondance ne l'avait obligée de se réfugier dans la caverne.

Mais à peine le jour fut-il apparu, qu'Hélène se trouvait de nouveau sur la montagne. Le feu était éteint depuis longtemps. Au loin, au milieu des écueils, on voyait un vaisseau que les flots mugissants recouvraient. Hélène eut beau l'examiner avec sa lunette, elle n'y put apercevoir aucun signe de vie.

«Est-il possible qu'aucun des naufragés n'ait pu se sauver? se demanda-t-elle. Peut-être quelqu'un d'entre eux se trouve-t-il déjà sur ce rivage, non loin de moi, et a-t-il besoin de mon aide.»

Cette idée l'émut profondément. Les mains tremblantes, elle braqua sa lunette sur le littoral. Mais partout, à perte de vue, elle n'apercevait que cette même plage déserte, dont chaque buisson, chaque arbrisseau lui était si familier. Seulement, près de la forêt de bambous, gisaient des objets rejetés par la mer.

Hélène se dirigea de ce côté, mais elle ne découvrit rien, que quelques planches et quelques débris. La vue de ces témoins muets de la mort prématurée de ces malheureux causa à la jeune fille un tel chagrin, qu'elle se détourna et s'achemina tristement vers sa demeure.

Elle ne remarqua même pas qu'elle arrivait enfin à la caverne, et ce ne fut qu'à son entrée même qu'elle sortit de sa triste rêverie.

Son regard glissait, indifférent, sur le lac, la vallée verte et la lisière de la forêt qui apparaissait au loin.

Tout à coup Hélène vit sortir de la forêt un énorme animal velu. Elle tressaillit et se précipita dans la caverne. L'animal s'arrêta sur la lisière et, baissant la tête, semblait flairer la terre, comme s'il cherchait les traces de quelqu'un. C'est alors seulement qu'Hélène s'aperçut avec frayeur que l'animal était sorti de la forêt, juste à l'endroit par où elle avait l'habitude d'y entrer. L'instant d'après, il courait déjà sur ses traces le long du lac et, le dépassant, se jetait droit dans la direction de la caverne. Saisie de terreur, la jeune fille se réfugia dans le coin le plus éloigné; mais se rappelant qu'elle était sans défense, elle courut vers l'entrée où elle avait posé sa hache. A la vue de l'animal qui s'était arrêté à quelques pas du seuil, ses yeux se troublèrent. Ne se sentant plus de peur, elle leva la hache, attendant l'attaque. Mais le terrible animal demeurait sur place et, remuant doucement la queue, la regardait, en poussant par moments des faibles cris plaintifs.