De cette façon, Hélène put le conduire dans la caverne la plus proche où elle l'attacha. Elle cueillit de jeunes pousses, mit de l'eau dans une coquille de noix de coco et posa le tout à l'entrée, devant son petit prisonnier qui, à son approche, se fourra dans le coin le plus reculé. Par précaution, Hélène barra l'entrée avec des perches de bambous.

Le soir vint. Ce jour-là Hélène, contrairement à son habitude, n'avait pas eu le temps de descendre sur la plage, c'est pourquoi elle s'y rendit. C'était au moment de la marée basse. Au-dessus du banc de sable tournoyaient comme d'ordinaire une foule d'oiseaux qui se régalaient d'étoiles de mer, de méduses et de mollusques, que la marée avait portés là. Après avoir examiné l'horizon à l'aide de sa longue-vue, Hélène ramassa quelques huîtres et rappelant «Petit ami,» qui courait sur le banc de sable après les oiseaux, elle revint à la maison.

En passant auprès de la caverne, elle entendit le bêlement plaintif de son petit prisonnier et jeta un coup d'œil dans l'intérieur. Le pauvre animal n'avait même pas touché à la nourriture. Ayant barré l'entrée avec soin, Hélène revint à son logis.

Quoiqu'elle n'eût pas sommeil du tout, elle fut obligée, comme toujours, de se coucher à la tombée de la nuit. Depuis longtemps déjà Hélène rêvait à une sorte de lampe, dont la lumière lui permettrait de lire ou de coudre pendant les longues soirées sombres, mais elle n'avait pu rien trouver jusqu'à présent. Selon son calcul, la saison pluvieuse allait revenir dans trois semaines environ, et elle était heureuse de penser qu'elle ne resterait plus seule des journées entières dans la caverne. Elle espérait que, d'ici là, elle aurait apprivoisé le chevreau, ce qui augmenterait encore sa société. Au milieu de ces réflexions elle s'endormit enfin.

Vers le matin, elle fut subitement éveillée par l'aboiement de «Petit ami». Elle se leva vivement et sortit de la caverne. Devant la saillie du roc se tenait le chien qui, par de sonores abois, semblait appeler au secours. Elle accourut et aperçut sous le roc le chevreau étendu avec une jambe cassée, d'où coulait le sang. Sans doute «Petit ami» l'avait surpris dans sa fuite et poursuivi jusque sur le roc, d'où il était tombé. Hélène releva le pauvre animal et le porta dans sa caverne, où elle lui prépara une couchette d'herbe fraîche; puis apportant de l'eau, elle lava soigneusement la plaie et la banda avec un chiffon propre.

CHAPITRE XXIV

Pauvre chevreau!—Le traîneau.—Un Terre-Neuve attelé.—L'enclos.—Les nouveaux prisonniers.

Les premiers jours, le prisonnier avait peur de sa jeune maîtresse, mais bientôt il en vint à ne plus craindre son approche. Même l'aspect menaçant de «Petit ami» ne lui causait plus de frayeur, et dès que le chien faisait mine de s'approcher de lui, le chevreau bondissait et pointait bravement ses petites cornes. Les soins empressés que lui donnait la jeune fille l'eurent bientôt complètement familiarisé avec elle: il la laissait tranquillement laver et bander sa blessure, prenait de ses mains les jeunes pousses, et non seulement accueillait gracieusement ses caresses, mais parfois même frottait son petit museau contre les mains d'Hélène.

L'enfant ne pouvait se lasser d'admirer son gentil prisonnier; elle se creusa longtemps la tête pour trouver le moyen de l'apprivoiser si bien qu'il ne la quittât plus après sa guérison. Le tenir toujours à l'attache lui semblait trop cruel. Réflexion faite, Hélène résolut d'édifier une sorte de clôture. Tout d'abord elle pensa que des buissons à croissance rapide serviraient très bien à cet effet; mais elle ne put se souvenir d'avoir jamais vu des plantes semblables dans l'île.

Enfin, son choix s'arrêta sur le bambou dont on pouvait, croyait-elle, faire facilement une clôture solide. Amener ces matériaux de la plage ne présentait pas non plus de grandes difficultés. Hélène résolut de ne pas remettre cet ouvrage à un autre temps, et se rendit immédiatement sur la rive. Là, elle coupa une centaine de perches, les unes grosses, pour les pieux, les autres minces, pour les traverses. Il n'y avait qu'à traîner les perches au lieu de leur destination.