Mais après qu'elle eut apporté les premières perches, elle acquit la conviction que ce travail fatigant lui prendrait à peu près trois jours. Sans hésiter longtemps, elle se mit en devoir de construire un traîneau. Après quelques tentatives infructueuses, elle réussit à attacher plusieurs traverses entre deux grosses perches et, au bout de deux heures, le traîneau était prêt. Elle posa dessus une vingtaine de pieux et les traîna ainsi jusque chez elle. Mais le traîneau était lourd et elle dut s'arrêter plus d'une fois, pour reprendre haleine. «Petit ami» sautillait tout le temps à ses côtés en aboyant, et ne faisait que la déranger dans sa besogne. Arrivée devant une petite colline, elle était déjà sur le point de décharger la moitié de ses perches, lorsque l'idée lui vint que «Petit ami» pouvait bien lui être utile dans cette circonstance. L'ayant appelé auprès d'elle, elle passa à son collier une forte liane qu'elle attacha au traîneau et de cette façon, tous deux, en réunissant leurs efforts, réussirent à gravir la colline avec leur lourde charge.
Le chevreau se laissait panser par Hélène.
Hélène fut ravie de son auxiliaire qui, sans grand effort, traînait la charge comme un bon cheval de trait, en râlant seulement de temps à autre, à cause du collier qui lui serrait la gorge. Lorsque la première charretée fut apportée, Hélène modifia les harnais. Pliant en quatre un morceau d'étoffe assez long, elle le noua sur la poitrine de son ami et attacha des lianes à ses extrémités. De cette façon, toute la charge portait non sur le cou, mais sur la poitrine du chien. Sous son nouveau harnais «Petit ami» marchait encore mieux qu'auparavant. Lorsqu'elle eut chargé encore une fois son traîneau, il le tira tout seul avec une telle facilité qu'elle n'eut même pas à l'aider.
Vers le soir, la plus grande partie des perches était transportée, et le lendemain matin Hélène se mit à élever la clôture. Elle creusa des trous, y planta les gros pieux et les recouvrit solidement de terre. Le soir tombait quand ce travail fut achevé.
Le lendemain, elle commença à poser les traverses, mais elle vit bientôt que ce travail minutieux lui demanderait plusieurs jours. Pourtant elle résolut de ne pas s'occuper d'autre chose avant d'avoir achevé cette clôture, et de ne consacrer qu'une heure ou deux à la cueillette des fruits.
En revenant de la forêt avec les fruits, elle aperçut de loin, auprès de son prisonnier, une chèvre avec un autre chevreau. C'était évidemment la mère qui avait retrouvé son petit. Hélène se cacha derrière un arbre et rappela «Petit ami» auprès d'elle, pour ne pas troubler cette heureuse entrevue. La chèvre donnait tendrement à manger au chevreau prisonnier. Hélène considéra cette scène touchante en cherchant dans son esprit le moyen de s'emparer aussi de la mère, et enfin elle résolut de terminer au plus vite la clôture, espérant d'une façon quelconque y surprendre la chèvre et lui barrer le passage. Elle était convaincue que cette première visite ne serait pas la dernière. Il fallait seulement ne pas trop effrayer l'animal et, pour sa prochaine venue, lui préparer en guise d'appât la friandise préférée des chèvres, du sel.
Hélène sortit de son embuscade et se dirigea lentement vers la caverne pour que la chèvre pût l'apercevoir à temps et s'enfuir. En effet, à peine la jeune fille eut-elle fait quelques pas, que la chèvre avec le chevreau qu'elle avait amené se jetèrent de côté et disparurent bientôt dans le fourré. Le petit blessé qui était attaché, bondit aussi pour les suivre. Hélène le calma avec ses caresses et se remit de nouveau à sa construction.
Elle travailla ainsi sans relâche pendant quatre jours, et lorsque enfin la clôture fut prête, elle y laissa le chevreau en liberté.
Hélène considérait son ouvrage avec un vif sentiment de satisfaction. Maintenant son petit pupille avait un coin où il pouvait s'ébattre et bondir librement. Mais la jambe du chevreau n'était pas encore tout à fait guérie et il boitait fortement. Hélène était ravie de posséder ce gentil animal qui la suivait partout comme un petit chien. Quant à «Petit ami,» il continuait à le traiter toujours en ennemi.