Ces chanteurs se tenaient sur les arbres.

Avisant un fruit qui pendait assez bas, Hélène prit une grosse branche et la jeta en l'air, dans l'espoir de l'abattre. Mais elle n'eut pas plus tôt levé la main qu'avec surprise et frayeur, elle vit tomber sur elle toute une avalanche de ces fruits énormes. Cela s'effectua d'une manière si inattendue, qu'au premier moment Hélène ne sut que résoudre. Mais une nouvelle grêle de projectiles la fit reculer en toute hâte. Une de ces balles de pain avait atteint «Petit ami» et le pauvre chien se jeta de côté en hurlant. Une fois hors de la portée du tir des singes, Hélène s'aperçut que toute la société se tenait, avec un calme parfait, sur l'arbre, se préparant évidemment à la régaler d'une nouvelle décharge.

«Mais c'est un très bon moyen pour se procurer les fruits des arbres trop élevés! S'ils voulaient m'en jeter encore une vingtaine!…» disait à part soi, en riant, Hélène.

Et elle lança un autre petit rameau aux singes qui, en effet, ripostèrent immédiatement, en la lapidant de fruits. En très peu de temps, elle en avait devant elle un grand tas. Hélène en prit quatre qu'elle emporta à la maison, mais ce fardeau se trouva être très lourd: chaque fruit pesait près de dix livres. Pour en rendre le transport plus facile, elle fabriqua à la hâte un sac, attela «Petit ami» au traîneau et vint ainsi chercher les autres fruits. Lorsqu'elle retourna dans la forêt, elle ne retrouva plus les singes sur l'arbre; ils s'étaient cachés quelque part.

En quatre fois, Hélène put transporter les fruits chez elle et elle alluma tout de suite un feu pour se préparer du pain grillé à la façon des sauvages. Lorsque le feu eut achevé de brûler, la jeune fille coupa le fruit en grosses tranches et les posa sur les charbons ardents. Au bout de quelques instants, elles exhalaient une odeur parfumée de pain frais. Hélène retira du feu les tranches noircies, en enleva la croûte carbonisée et goûta à ce pain. Le goût en était excellent, et ne différait presque en rien de celui du pain de froment.

L'enfant rentra une partie des fruits dans la cave, pour avoir, au moins dans les premiers temps, du pain frais, et laissa le reste fermenter au soleil. Elle se rappelait ce que son père lui avait raconté à ce sujet sur les sauvages, qui préparaient ainsi, avec ces fruits, une pâte qu'ils conservaient dans des fosses et dont ils usaient au fur et à mesure de leurs besoins.

Cependant Hélène n'oubliait pas ses bêtes. Chaque fois qu'elle revenait à la maison, le chevreau apprivoisé courait joyeusement à sa rencontre, tandis que le petit sauvage le suivait avec curiosité. Soit qu'elle rentrât dans la caverne ou qu'elle en sortît, les chevreaux pétulants tournaient toujours autour d'elle. Les choses en vinrent là que même le petit sauvage commença à prendre de ses mains les pousses qu'elle lui offrait. La vieille chèvre s'était aussi évidemment rassurée et elle mangeait son fourrage; mais elle ne se laissait pas encore approcher par la jeune fille.

CHAPITRE XXVI

Exploration de l'île.—Les mimosas.—«L'arbre des voyageurs.»—Les scarabées luisants.—Une nuit en pleine forêt vierge.—Le terre-neuve conducteur.