Mais la forêt vierge prit fin, et Hélène revit au-dessus de son front le ciel sombre et étoilé. Devant elle se trouvait la montagne du haut de laquelle, quelques heures auparavant, elle avait regardé la plage.
A partir de là elle se reconnaissait. Laissant de côté la montagne et la vallée, la jeune fille pénétra dans l'autre forêt. Mais celle-ci lui était familière, puisqu'elle y était venue plus d'une fois.
Elle la franchit sans encombre et se retrouva auprès du lac, derrière lequel on apercevait sa caverne. Le ciel était couvert de sombres nuages, de derrière lesquels la lune jetait, de temps en temps, des regards furtifs. La jeune fille posa avec précaution à terre les scarabées qui lui avaient rendu un service si important, et se hâta de revenir à la maison. Devant la clôture, les chevreaux l'accueillirent avec des bêlements. La vieille chèvre se tenait à l'entrée de la caverne et regardait tranquillement Hélène caresser ses petits. Voyant que les pauvres animaux n'avaient plus ni fourrage, ni eau, la jeune fille, en dépit de l'heure tardive, leur cueillit de l'herbe et leur apporta de l'eau.
Malgré sa grande fatigue, elle fut longtemps à s'endormir. Elle était fortement préoccupée de l'idée d'une lampe dont la lueur lui permettrait de lire et de coudre pendant les longues soirées de la saison pluvieuse. Jusqu'alors elle devait se mettre au lit avec le coucher du soleil. Maintenant elle avait la conviction que plusieurs scarabées phosphorescents lui tiendraient très bien lieu d'une lampe. Ils ne restait plus qu'à trouver pour eux un vase transparent et commode où ils seraient à leur aise.
Après avoir longtemps réfléchi, Hélène résolut dès le lendemain d'employer à cet effet une courge.
CHAPITRE XXVII
La cueillette.—Une lampe vivante.—Le serpent et le perroquet.—Un prisonnier emplumé.
Le lendemain, Hélène en se levant aperçut de gros nuages qui lui rappelèrent que la saison pluvieuse arrivait. Sans perdre de temps, elle se mit à ramasser de l'herbe et à la sécher au soleil, comme elle avait vu faire dans sa patrie; puis elle transporta le foin sec dans la plus proche caverne. En travaillant sans relâche, la jeune fille avait pu, le soir venu, réunir une provision considérable de fourrage pour ses prisonnières les chèvres. Il n'y avait plus qu'à se munir de leur friandise préférée, le sel, et à compléter quelque peu ses vivres à elle avec des dattes et d'autres fruits. Le soir même elle se rendit sur le bord de la mer, y ramassa un sac de sel et, l'ayant placé sur le traîneau, le transporta chez elle à l'aide de «Petit ami».
Le même jour, elle trouva une grosse courge, en coupa le haut, en enleva la pulpe et y perça plusieurs petits trous pour l'entrée de l'air. Il ne restait plus qu'à prendre les flambeaux vivants pour avoir une lampe toute prête.
A la nuit, Hélène se rendit sur la lisière de la forêt où elle voyait ordinairement une grande quantité d'insectes phosphorescents, et bientôt elle revint avec plusieurs gros scarabées.