Hélène s'aperçut alors avec inquiétude que la nuit était prête à tomber et qu'il était temps de s'en retourner. A pas rapides, elle se dirigea vers l'endroit de la forêt d'où elle avait débouché sur la plage. En s'en approchant, elle fut très alarmée en voyant que le soleil avait déjà disparu, et qu'à l'horizon lointain s'éteignaient les dernières lueurs du crépuscule, tandis que derrière la forêt mystérieuse les ombres s'épaississaient rapidement.

Le jour baissait déjà.

Hélène s'arrêta à la lisière: un silence sinistre régnait dans le bois. Une sensation pénible de peur s'empara de la jeune fille, mais, ne pouvant se résoudre à passer là la nuit, elle marcha vivement en avant.

Elle se trouva bientôt au milieu de la plus profonde obscurité. Ces ténèbres impénétrables, où elle pouvait marcher sur quelque serpent, remplissaient d'effroi le cœur de la jeune fille.

Elle était déjà sur le point de rebrousser chemin et de passer la nuit sur le rivage, quand elle vit tout à coup briller à travers les arbres de petits feux verts qu'elle connaissait bien et qui illuminaient par ci par là les ténèbres. A une cinquantaine de pas d'elle, un buisson entier brillait comme enveloppé de flammes. La vue de ces magnifiques insectes phosphorescents lui donna l'idée de s'en servir pour éclairer sa route. Elle s'approcha avec précaution du buisson illuminé, saisit deux énormes scarabées de trois pouces de long environ et, en tenant un dans chaque main, se remit bravement en marche. Pourtant cette lumière lui parut bientôt insuffisante: elle ne voyait pas bien où poser son pied et c'est pourquoi, sans y réfléchir longtemps, elle attacha les deux scarabées à ses pieds, puis, en ayant pris encore deux autres, elle les porta dans ses mains, en guise de lanternes. Maintenant la lumière était assez intense pour lui permettre d'apercevoir le moindre brin d'herbe à ses côtés. Hélène pressait le pas et marchait maintenant presque sans crainte dans la forêt sombre, en regardant attentivement devant elle et surtout sous ses pieds. Un quart d'heure se passa. Rien ne troublait le silence de la nuit qui l'entourait.

Mais tout à coup, comme sur un signal, retentit dans la forêt le sifflement aigu de quelque oiseau de nuit; immédiatement après, toute la forêt se remplit de hurlements tellement effroyables, qu'Hélène tressaillit involontairement et s'arrêta. Jamais elle n'avait rien entendu de pareil. Il semblait que des milliers de singes-crieurs se réveillaient subitement pour remplir de leurs hurlements les halliers de la forêt. Au milieu de ces clameurs épouvantables se faisait entendre parfois le cri sinistre du hibou. Pour comble de terreur, Hélène s'aperçut qu'elle s'était égarée.

—«Petit ami», à la maison! A la maison, «Petit ami!» s'avisa-t-elle de dire au chien, se fiant à son flair.

L'intelligent animal parut comprendre ce qu'on lui demandait. La tête basse, il revint sur ses pas et, ayant apparemment retrouvé le chemin, prit de côté et se mit à courir en avant. Hélène pouvait à peine le suivre et était obligée de le rappeler de temps en temps.

Cependant le silence se fit dans la forêt, un silence que troublait seul le bourdonnement des scarabées et d'autres insectes qui tournoyaient autour de la jeune fille; Hélène s'aperçut plusieurs fois que «Petit ami» s'élançait en avant en aboyant, et qu'immédiatement après quelque chose de long remuait dans l'herbe et disparaissait dans le fourré. Elle était convaincue que c'étaient des serpents dont ils avaient troublé le repos.