Maintenant, les enfants meurent de soif, ce qui n’a rien d’extraordinaire. Maman les conduit à la vacherie, et commande une petite tasse de lait pour elle, deux grands verres pour Madeleine et pour son frère.

Jacques, qui est, je crois, un tantinet gourmand, s’assied à une table et se met à boire avec avidité. Madeleine, moins pressée, va regarder les vaches qui avancent leur bonne tête douce et placide, le petit veau qui a l’air de se demander ce que font là-bas Jacques et sa maman.

Pour une collation sérieuse, les deux enfants peuvent dire qu’ils ont eu une collation sérieuse. Il est même à craindre qu’ils ne fassent guère honneur au dîner. Enfin, pourvu qu’ils n’aient pas mal à l’estomac...


LA RUE DU CAIRE

La rue du Caire se trouve entre le Palais Indien et la Galerie des Machines. On pourrait s’y croire transporté en Égypte. Les maisons sont très curieuses, avec leurs terrasses dont les balustrades ressemblent à des dentelles, leurs auvents de toile bariolée, leur moucharabis, leurs habitants au visage basané et aux costumes exotiques. Jacques et Madeleine s’arrêtent devant les boutiques où l’on vend des produits africains, broderies, harnachements, parfumerie, bijouterie, nougats, confitures... Que sais-je encore?

Il y a des établissements où l’on prend du café préparé à la façon arabe, c’est-à-dire servi avec le marc, qui se dépose au fond de la tasse en une poudre excessivement fine; des musiciens égyptiens jouent, pour amuser les consommateurs, des airs de leur pays sur des instruments inconnus dans nos orchestres parisiens.

«Maman, dit Jacques, tu sais que tu nous as promis de nous faire monter sur les ânes du Caire?

—Oh! oui, maman, ajoute Madeleine; les ânes... allons voir les ânes!»

Un moment après, les deux enfants sont à dos d’Aliboron. Madeleine est tout à fait à son aise, mais Jacques a l’air d’éprouver beaucoup moins de plaisir qu’il ne s’en était promis. Il ne se sent pas du tout solide sur sa monture. Heureusement, l’ânier égyptien marche à côté de l’animal, tenant l’écuyer novice par la ceinture. Maman suit un peu en arrière.