Jacques et Madeleine ont bien souvent entendu parler de la malheureuse guerre de 1870-71. Grand-papa, qui a été soldat à cette époque, leur en a raconté plusieurs épisodes; et, quoiqu’ils soient bien jeunes tous les deux, ils ont compris combien la France a souffert. Ils savent combien furent terribles les sièges de Paris, de Strasbourg et de Belfort, combien furent pénibles la campagne de la Loire, la campagne du Nord et celle de l’Est; ils savent enfin qu’il y a, dans l’Est, deux belles provinces que l’on nous a prises, et qui depuis attendent impatiemment le jour de la délivrance.
Car, pour avoir été conquises par les Allemands et pour être sous leur domination depuis près de vingt ans, ces deux provinces n’en sont pas moins restées françaises de cœur: on a beau faire, elles n’oublient pas la mère patrie et conservent religieusement son culte.
Aussi c’est avec une sorte de recueillement que les deux enfants pénètrent dans cette partie de l’Exposition, où tout parle à notre patriotisme, où le rire s’envole pour faire place aux plus graves méditations.
Cette forteresse n’aura jamais à se défendre contre l’ennemi; mais elle fait songer que là-bas, sur la frontière, d’autres forteresses sont prêtes à repousser l’envahisseur. Ces canons ne lanceront peut-être jamais de boulets ni d’obus; mais combien d’autres s’aligneront un jour pour vaincre l’étranger!
Le bâtiment principal est précédé d’un château fort du moyen âge, flanqué de tourelles, avec pont-levis, mâchicoulis et chemin de ronde. Tout autour sont disposés des objets de campement, des ambulances de campagne, des modèles de trains sanitaires.
A côté de l’édifice se trouve un pavillon qui renferme divers objets d’aérostation militaire, notamment une reproduction du ballon dirigeable du parc de Meudon.
«Mais, maman, demande Jacques, à quoi peut bien servir un ballon en temps de guerre?
—D’abord à se rendre compte des positions et de la force des ennemis; puis c’est pour des assiégés investis le plus sûr moyen d’envoyer des nouvelles. Lors du siège de Paris, plusieurs ballons emportèrent des dépêches destinées à ceux des membres du gouvernement qui dirigeaient les opérations militaires en province.»