A l'électricité,—pour nous servir encore de cette désignation,—nous pouvons à bon droit rapporter les divers phénomènes physiques de lumière, de chaleur et de magnétisme; mais nous sommes bien mieux autorisés encore à attribuer à ce principe strictement spirituel les phénomènes plus importants de vitalité, de conscience et de Pensée. A ce sujet, toutefois, qu'il me soit permis de faire une pause et de noter que ces phénomènes, observés dans leur généralité ou dans leurs détails, semblent procéder au moins en raison de l'hétérogénéité.
Écartons maintenant les deux termes équivoques, gravitation et électricité, et adoptons les expressions plus définies d'attraction et de répulsion. La première, c'est le corps; la seconde, c'est l'âme; l'une est le principe matériel, l'autre le principe spirituel de l'Univers. Il n'existe pas d'autres principes. Tous les phénomènes doivent être attribués à l'un ou à l'autre, ou à tous les deux combinés. Il est si rigoureusement vrai, il est si parfaitement rationnel que l'attraction et la répulsion sont les seules propriétés par lesquelles nous percevons l'Univers,—en d'autres termes, par lesquelles la Matière se manifeste à l'Esprit,—que nous avons pleinement le droit de supposer que la matière n'existe que comme attraction et répulsion,—que l'attraction et la répulsion sont matière,—nous servant de cette hypothèse comme d'un moyen de faciliter l'argumentation;—car il est impossible de concevoir un cas où nous ne puissions employer à notre gré le mot matière et les termes attraction et répulsion, pris ensemble, comme expressions de logique équivalentes et convertibles.
VI
Je disais tout à l'heure que ce que j'ai nommé la tendance des atomes disséminés à retourner à leur unité originelle devait être pris pour le principe de la foi newtonienne de la gravitation; et en effet on n'aura pas grande peine à entendre la chose ainsi, si l'on considère la gravitation newtonienne sous un aspect purement général, comme une force qui pousse la matière à chercher la matière; c'est-à-dire si nous voulons ne pas attacher notre attention au modus operandi connu de la force newtonienne. La coïncidence générale nous satisfait; mais, en regardant de plus près, nous voyons dans le détail beaucoup de choses qui paraissent non-coïncidentes, et beaucoup d'autres où la coïncidence ne paraît pas du moins suffisamment établie. Un exemple: la gravitation newtonienne, si nous la considérons dans certains modes, ne nous apparaît pas du tout comme une tendance vers Y Unité; elle nous semble plutôt une tendance de tous les corps dans toutes les directions, phrase qui semble exprimer la tendance à la diffusion. Ici donc il y a non-coïncidence. Un autre exemple: quand nous réfléchissons sur la loi mathématique qui gouverne la tendance newtonienne, nous voyons clairement que nous ne pouvons pas obtenir la coïncidence,—relativement, du moins, au modus operandi,—entre la gravitation, telle que nous la connaissons, et cette tendance, simple et directe en apparence, que j'ai supposée.
En effet, je suis arrivé à un point où il serait bon de renforcer ma position en inversant mon procédé. Jusqu'à présent, nous avons procédé à priori, d'une considération abstraite de la Simplicité, prise comme la qualité qui a dû le plus vraisemblablement caractériser l'action originelle de Dieu. Voyons maintenant si les faits établis de la Gravitation newtonienne peuvent nous fournir, à posteriori, quelques inductions légitimes.
Que déclare la loi newtonienne? que tous les corps s'attirent l'un l'autre avec des forces proportionnées [à leurs quantités de matière et inversement proportionnées] aux carrés de leurs distances. C'est à dessein que je donne d'abord la version vulgaire de la loi; et je confesse que dans celle-ci, comme dans la plupart des traductions vulgaires de grandes vérités, je ne trouve pas une qualité très-suggestive. Adoptons donc une phraséologie plus philosophique —Chaque atome de chaque corps attire chaque autre atome, soit appartenant au même corps, soit appartenant à chaque autre corps, avec une force variant en raison inverse des carrés des distarices entre l'atome attirant et l'atome attiré. Ici, pour le coup, un flot de suggestions jaillit aux yeux de l'esprit.
Mais voyons distinctement la chose que Newton a prouvée,—selon la définition grossièrement irrationnelle de h preuve prescrite par les écoles de métaphysique. Il fut obligé de se contenter de montrer que les mouvements d'un Univers imaginaire, composé d'atomes attirants et attirés obéissant à la loi qu'il annonçait, coïncidaient parfaitement avec les mouvements de l'Univers existant réellement, autant du moins qu'il tombe sous notre observation. Telle fut la somme de sa démonstration, selon le jargon conventionnel des philosophies. Les succès qui la confirmèrent ajoutèrent preuve sur preuve,—des preuves telles que les admet toute intelligence saine,—mais la démonstration de la loi-elle-même, selon les métaphysiciens, n'avait été confirmée en aucune façon. Cependant la preuve oculaire, physique, de l'attraction, ici même, sur cette Terre, fut enfin trouvée, en parfait accord avec la théorie newtonienne, et à la grande satisfaction de quelques-uns de ces reptiles intellectuels. Cette preuve jaillit, indirectement et incidemment (comme jaillirent presque toutes les vérités importantes), d'une tentative faite pour mesurer la densité moyenne de la Terre. Dans les fameuses expériences que Maskelyne, Cavendish et Bailly firent dans ce but, il fut découvert, vérifié et mathématiquement démontré que l'attraction de la masse d'une montagne était en accord exact avec l'immortelle théorie de l'astronome anglais.
Mais, en dépit de cette confirmation d'une vérité qui n'en avait aucun besoin,—en dépit de la prétendue corroboration de la théorie par la prétendue preuve oculaire et physique,—en dépit du caractère de cette corroboration,—les idées que les vrais philosophes eux-mêmes ne peuvent s'empêcher d'accepter relativement à la gravitation, et particulièrement les idées acceptées et complaisamment maintenues par les hommes vulgaires, ont été évidemment tirées, pour la plus grande partie, d'une considération du principe, tel qu'ils le trouvent simplement développé sur la planète à laquelle ils sont attachés.