Or, où tend une considération aussi amoindrie? A quelle espèce d'erreur donne-t-elle naissance? Sur la Terre nous voyons, nous sentons simplement que la gravitation chasse tous les corps vers le centre de la Terre. Aucun homme, dans le domaine ordinaire de la vie, ne peut voir ni sentir autrement,—ne peut s'empêcher de percevoir que toute chose, partout, a une tendance gravitante, perpétuelle vers le centre de la Terre, et pas ailleurs; cependant (sauf une exception qui sera spécifiée postérieurement) il est certain que chaque chose terrestre (pour ne pas parler maintenant de toutes les choses célestes) a une tendance non-seulement vers le centre de la Terre, mais en outre vers toute espèce de direction possible.
Or, quoique les hommes de philosophie ne puissent pas être accusés de se tromper avec le vulgaire dans cette matière, ils se laissent toutefois influencer, à leur insu, par l'idée vulgaire agissant comme sentiment.—Quoique personne n'ait foi dans les fables du Paganisme,—dit Bryant dans sa très-savante Mythologie,—cependant nous nous oublions sans cesse au point d'en tirer des inductions comme de réalités existantes.—Je veux dire que la perception purement sensitive de la gravitation, telle que nous la connaissons sur la Terre, induit l'humanité en fantaisie et la fait croire à une concentralisation, à une sorte de spécialité terrestre;—qu'elle a toujours incliné vers cette fantaisie les intelligences même les plus puissantes,—les détournant perpétuellement, quoique imperceptiblement, de la caractéristique réelle du principe; les ayant empêchées jusqu'à l'époque présente de saisir même un aperçu de cette vérité vitale qui se trouve dans une direction diamétralement opposée,—derrière les caractéristiques essentielles du principe, qui sont, non pas la concentralisation ou la spécialité, mais l'universalité et la diffusion. Cette vérité vitale est l'Unité, prise comme source du phénomène.
Permettez-moi de répéter la définition de la gravitation: Chaque atome, dans chaque corps, attire chaque autre atome, appartenant au même corps ou appartenant à tout autre corps, avec une force qui varie en raison inverse des carrés des distances de l'atome attirant et de l'atome attiré.
Que le lecteur s'arrête ici un moment avec moi pour contempler la miraculeuse, ineffable et absolument inimaginable complexité de rapports impliquée dans ce fait, que chaque atome attire chaque autre atome,—impliquée seulement dans ce fait de l'attraction, étant écartée la question de la loi ou du mode suivant lesquels l'attraction se manifeste,—impliquée dans ce fait unique que chaque atome attire plus ou moins chaque autre atome, dans une immensité d'atomes telle, que toutes les étoiles qui entrent dans la constitution de l'Univers peuvent être à peu près comparées pour le nombre aux atomes qui entrent dans la composition d'un boulet de canon.
Eussions-nous simplement découvert que chaque atome tendait vers un point favori, vers quelque atome particulièrement attractif, nous serions encore tombés sur une découverte qui, en elle-même, aurait suffi pour accabler notre esprit;—mais quelle est cette vérité que nous sommes actuellement appelés à comprendre? C'est que chaque atome attire chaque autre atome, sympathise avec ses plus délicats mouvements, avec chaque atome et avec tous, toujours, incessamment, suivant une loi déterminée dont la complexité, même considérée seulement en elle-même, dépasse absolument les forces de l'imagination humaine. Si je me propose de mesurer l'influence d'un seul atome sur l'atome son voisin dans un rayon solaire, je ne puis pas accomplir mon dessein sans d'abord compter et peser tous les atomes de l'Univers et définir la position précise de chacun à un moment particulier de la durée. Si je m'avise de déplacer, ne fût-ce que de la trillionième partie d'un pouce, le grain microscopique de poussière posé maintenant sur le bout de mon doigt, quel est le caractère de l'action que j'ai eu la hardiesse de commettre? J'ai accompli un acte qui ébranle la Lune dans sa marche, qui contraint le Soleil à n'être plus le soleil, et qui altère pour toujours la destinée des innombrables myriades d'étoiles qui roulent et flamboient devant la majesté de leur Créateur.
De telles idées, de telles conceptions,—pensées monstrueuses qui ne sont plus des pensées, rêveries de l'âme plutôt que raisonnements ou même considérations de l'intellect,—de telles idées, je le répète, sont les seules que nous puissions réussir à créer en nous dans tous nos efforts pour saisir le grand principe de l'Attraction.
Mais maintenant, avec de telles idées, avec une telle vision, franchement acceptée, de la merveilleuse complexité de l'Attraction, que toute personne, capable de réfléchir sur de pareilles matières, s'applique à imaginer un principe adaptable aux phénomènes observés,—ou la condition qui leur a donné naissance.
Une si évidente fraternité des atomes n'indique-t-elle pas une extraction commune? Une sympathie si victorieuse, si indestructible, si absolument indépendante, ne suggère-t-elle pas l'idée d'une source, d'une paternité commune? Un extrême ne pousse-t-il pas la raison vers l'extrême son contraire? L'infini dans la division ne se rapporte-t-il pas à l'absolu dans l'individualité? Le superlatif de la complexité ne fait-il pas deviner la perfection dans la simplicité? Je veux dire, non pas seulement que les atomes, comme nous les voyons, sont divisés ou qu'ils sont complexes dans leurs rapports, mais surtout qu'ils sont inconcevablement divisés et inexprimablement complexes; c'est de l'extrême des conditions que je veux parler maintenant, plutôt que des conditions elles-mêmes. En un mot, n'est-ce pas parce que les atomes étaient, à une certaine époque très-ancienne, quelque chose de plus même qu'un assemblage,—n'est-ce pas parce que, originellement, donc normalement, ils étaient Un, que maintenant en toutes circonstances, sur tous les points, dans toutes les directions, par tous les modes de rapprochement, dans tous les rapports et à travers toutes les conditions, ils s'efforcent de retourner vers cette unité absolue, indépendante et inconditionnelle?
Ici, quelqu'un demandera peut-être: «Pourquoi, puisque c'est vers l'Unité que ces atomes s'efforcent de retourner, ne jugeons-nous pas et ne définissons-nous pas l'Attraction une simple tendance générale vers un centre?—Pourquoi, particulièrement, vos atomes, les atomes que vous nous donnez comme ayant été irradiés d'un centre, ne retournent-ils pas tous à la fois, en ligne droite, vers le point central de leur origine?»
Je réponds qu'ils le font, ainsi que je le montrerai clairement; mais que la cause qui les y pousse est tout à fait indépendante du centre considéré comme tel. Ils tendent tous en ligne droite vers un centre, à cause de la sphéricité selon laquelle ils ont été lancés dans l'espace. Chaque atome, formant une partie d'un globe généralement uniforme d'atomes, trouve naturellement plus d'atomes dans la direction du centre que dans toute autre direction; c'est donc dans ce sens qu'il est poussé, mais il n'y est pas poussé parce que le centre est le point de son origine. Il n'est pas de point auquel les atomes se rallient. Il n'est pas de lieu, soit dans le concret, soit dans l'abstrait, auquel je les suppose attachés. Rien de ce qui peut s'appeler localité ne doit être conçu comme étant leur origine. Leur source est dans le principe Unité. C'est là le père qu'ils ont perdu. C'est là ce qu'ils cherchent toujours, immédiatement, dans toutes les directions, partout où ils peuvent le trouver, même partiellement; apaisant ainsi, dans une certaine mesure, leur indestructible tendance, tout en faisant route vers leur absolue satisfaction finale.