Il suit de tout ceci que tout principe qui sera suffisant pour expliquer en général la loi, ou modus operandi, de la force attractive, devra aussi expliquer cette loi dans le particulier;—c'est-à-dire que tout principe qui montrera pourquoi les atomes doivent tendre vers leur centre général d'irradiation, avec des forces variant en proportion inverse des carrés des distances, expliquera d'une manière satisfaisante la tendance, conforme à la même loi, qui pousse l'atome vers l'atome;—car la tendance vers le centre est simplement la tendance de chacun vers chacun, et non pas une tendance vers un centre considéré comme tel.
On voit en même temps que l'établissement de mes propositions n'implique aucune nécessité de modifier les termes de la définition newtonienne de la Gravitation, laquelle déclare que chaque atome attire chaque autre atome, dans une infinie réciprocité, et ne déclare que cela; mais (en supposant toutefois que ce que je propose sera finalement admis) il me semble évident que, dans les futures opérations de la Science, on pourrait éviter quelque erreur occasionnelle, si l'on adoptait une phraséologie plus ample, telle que celle-ci:—Chaque atome tend vers chaque autre atome, etc., avec une force, etc.; le résultat général étant une tendance de tous les atomes, avec une force semblable, vers un centre général.
En reprenant notre route à l'inverse, nous sommes arrivés à un résultat identique; mais, dans l'un des cas, Y Intuition était le point de départ, dans l'autre, elle était le but. En commençant mon premier voyage, je pouvais dire seulement que je sentais, par une irrésistible intuition, que la Simplicité avait été la caractéristique de l'action originelle de Dieu;—en finissant mon second voyage, je puis seulement déclarer que je perçois, par une irrésistible intuition, que l'Unité a été la source des phénomènes de la Gravitation newtonienne observés jusqu'à présent. Ainsi, selon les écoles, je ne prouve rien. Soit. Je n'ai pas d'autre ambition que de suggérer,—et de convaincre par la suggestion. J'ai l'orgueilleuse conviction qu'il existe des intelligences humaines profondes, douées d'un prudent discernement, qui ne pourront pas s'empêcher d'être largement satisfaites de mes simples suggestions. Pour ces intelligences,—comme pour la mienne,—il n'est pas de démonstration mathématique qui puisse apporter la moindre vraie preuve additionnelle à la grande Vérité que j'ai avancée, à savoir que l'Unité Originelle est la source, le principe des Phénomènes Universels. Pour ma part, je ne suis pas aussi sûr que je parle et que je vois;—je ne suis pas aussi sûr que mon cœur bat et que mon âme vit;—que le soleil se lèvera demain matin, probabilité qui gît encore dans le Futur,—je ne prétends pas du tout en être aussi sûr que je le suis de ce Fait irréparablement passé, que tous les Êtres et Toutes les Pensées des Êtres, avec toute leur ineffable Multiplicité de Rapports, ont jailli à la fois à l'existence de la primordiale et indépendante Unité.
Relativement à la Gravitation newtonienne, le Docteur Nichol, l'éloquent auteur de l'Architecture des deux, dit: «En vérité, nous n'avons aucune raison de supposer que cette grande Loi, telle qu'elle nous est aujourd'hui connue, soit la formule suprême ou la plus simple, conséquemment universelle et omnicompréhensible, d'une grande Ordonnance. Le mode suivant lequel son intensité diminue avec l'élément de la distance n'a pas l'aspect d'un principe suprême, lequel principe comporte toujours la simplicité de ces axiomes, évidents par eux-mêmes, qui constituent la base de la Géométrie.»
Il est absolument vrai que les principes suprêmes, selon le sens usuel des termes, comportent toujours la simplicité des axiomes géométriques (quant aux choses évidentes par elles-mêmes, il n'en existe pas);—mais ces principes ne sont pas clairement suprêmes; en d'autres termes, les choses que nous avons l'habitude de qualifier principes ne sont pas, à proprement parler, des principes,—puisqu'il ne peut exister qu'un principe, qui est la Volition Divine. Nous n'avons donc aucun droit de supposer, d'après ce que nous observons dans les règles qu'il nous plaît follement d'appeler principes, quoi que ce soit qui ressemble aux caractéristiques d'un principe proprement dit. Les principes suprêmes, dont le Docteur Nichol parle comme comportant la simplicité géométrique, peuvent avoir et ont en effet cet aspect géométrique, puisqu'ils sont une partie intégrante d'un vaste système géométrique, c'est-à-dire d'un système de simplicité, dans lequel toutefois le principe vraiment suprême est, comme nous le savons, le maximum du complexe, autrement dit, de l'inintelligible; —car n'est-ce pas la Capacité Spirituelle de Dieu?
Cependant j'ai cité la remarque du Docteur Nichol, non pas tant pour infirmer sa philosophie que pour attirer l'attention sur ce fait, que, malgré que tous les hommes aient admis un certain principe comme existant au delà de la loi de la Gravitation, aucune tentative n'a été faite pour définir ce qu'est particulièrement ce principe;—si nous exceptons peut-être quelques visées fantastiques qui le transportent dans le Magnétisme, dans le Mesmérisme, dans le Swedenborgianisme, ou dans le Transcendantalisme, ou dans tout autre délicieux isme de la même espèce, invariablement favorisé par une seule et même espèce de gens. Le grand esprit de Newton, tout en saisissant hardiment la Loi elle-même, a reculé devant le principe de la Loi. Plus active, plus compréhensible au moins, sinon plus patiente et plus profonde, la sagacité de Laplace n'eut pas le courage de s'y attaquer. Mais l'hésitation de la part de ces astronomes n'est pas si difficile à comprendre. Eux aussi, comme d'ailleurs tous les mathématiciens de la première classe, ils étaient purement mathématiciens; leur intelligence du moins était marquée d'un caractère mathématico-physique vigoureusement prononcé. Tout ce qui n'était pas distinctement situé dans le domaine de la Physique ou des Mathématiques leur apparaissait comme des Non-Entités ou des Ombres. Néanmoins, nous pouvons bien nous étonner que Leibnitz, qui fut une exception remarquable à cette règle générale, et dont le tempérament spirituel était un singulier mélange du mathématique avec le physico-métaphysique, n'ait pas d'abord recherché et défini le point en litige. Newton et Laplace, cherchant un principe, et n'en découvrant aucun physique, devaient humblement et tranquillement s'arrêter à cette conclusion, qu'il n'en existait absolument aucun; mais il est presque impossible de concevoir que Leibnitz, ayant épuisé dans ses recherches les domaines de la physique, n'ait pas marché droit, plein de hardiesse et de confiance, à travers ce vieux labyrinthe du royaume de la Métaphysique qui lui était si familier. Il est évident qu'il a dû s'aventurer à la recherche du trésor;—s'il ne l'a pas trouvé, c'est peut-être, après tout, parce que sa merveilleuse conductrice, son Imagination, n'était pas suffisamment adulte ou assez bien éduquée pour le diriger dans la bonne route.
J'observais tout à l'heure qu'il avait été fait de vagues tentatives pour attribuer la Gravitation à de certaines forces très-douteuses, dont le nom affecte la désinence isme. Mais ces tentatives, quoique considérées très-justement comme hardies, n'ont pas visé plus loin qu'à la généralité, à la pure généralité de la Loi newtonienne.
Aucun effort d'explication, aucun effort heureux, à ma connaissance, n'a été fait relativement à son modus operandi. C'est donc avec une crainte bien légitime d'être pris pour un fou, dès le début, et avant d'avoir pu porter mes propositions sous l'œil de ceux-là qui seuls sont compétents pour décider sur leur valeur, que je déclare ici que le modus operandi de la Loi de la Gravitation est une chose excessivement simple et parfaitement appréciable, à la condition que nous nous approchions du problème selon une juste gradation et dans la bonne route,—c'est-à-dire si nous le considérons du point de vue convenable.