«Réunis ici sous le regard de Dieu...» L'office commençait. La bague avait été passée au doigt de May; les mariés avaient reçu la bénédiction de l'évêque; les demoiselles d'honneur se préparaient à reprendre leurs places dans la procession, et la marche nuptiale de Mendelssohn roulait sous la voûte de la nef.

—Votre bras, donnez-lui votre bras! dit, entre ses dents, van der Luyden Newland.

Archer eut de nouveau la sensation de revenir de très loin... Comment son imagination s'égarait-elle ainsi? Était-ce pour avoir aperçu dans la foule anonyme cette masse de cheveux sombres, sous le bord d'un chapeau? Mais, un instant après, ce n'était qu'une dame inconnue au long nez. Il aurait pu rire de s'y être presque trompé, et se demander s'il devenait le jouet d'hallucinations.

Lentement il descendit la nef avec May: les ondes rythmées de la marche les accompagnèrent jusqu'aux portes grandes ouvertes, au travers desquelles la belle journée de printemps semblait les accueillir. Les alezans de Mrs Welland, de gros nœuds de ruban blanc au frontail, piaffaient devant la tente.

Le valet de pied, décoré aussi d'une cocarde blanche, enveloppa May d'un manteau neigeux, et Archer sauta dans le coupé à côté d'elle. Elle se retourna vers lui avec un sourire triomphant et leurs mains s'unirent sous les voiles de tulle.

—Chérie! dit Archer,—et de nouveau l'abîme s'ouvrait devant lui, pendant que sa voix articulait tendrement et gaiement:—J'ai cru avoir perdu la bague. Ce frisson-là fait partie de la cérémonie! C'est un peu votre faute, vous m'avez bien fait attendre! J'ai eu le temps d'imaginer mille catastrophes.

En pleine Cinquième Avenue, May l'étonna en lui jetant les bras autour du cou:

—Mais rien ne peut nous arriver maintenant, dit-elle, puisque nous sommes ensemble!

Tous les détails de la journée avaient été si soigneusement réglés, qu'après le déjeuner, les jeunes mariés eurent tout le temps nécessaire pour se préparer au départ. En tenue de voyage, ils descendirent le large escalier de Mrs Mingott, escortés de la bande rieuse des demoiselles d'honneur; ils embrassèrent leurs parents et montèrent dans la voiture qui les attendait, tandis qu'on jetait derrière eux la traditionnelle averse de riz et la pantoufle de satin. Ils purent choisir, sans se presser, à la bibliothèque de la gare, les magazines de la semaine, avec l'air détaché de voyageurs ordinaires, et enfin s'installer dans le compartiment réservé, où la femme de chambre de May avait déjà placé le manteau gris-palombe et le sac de voyage, tout battant neuf, et qui venait de Londres.

Les vieilles tantes de Rhinebeck avaient mis leur maison à la disposition des jeunes mariés, avec un empressement peut-être dû à la perspective séduisante d'un séjour chez Mrs Archer. Newland, heureux d'échapper aux hôtels de Baltimore ou de Philadelphie, où il était d'usage de passer les premiers jours de la lune de miel, avait accepté la proposition de grand cœur.