Derrière elle, attendant leur tour de se nommer à la comtesse, Archer reconnut nombre de couples récalcitrants qui avaient refusé de la rencontrer chez Mrs Lovell Mingott. Comme le disait Mrs Archer: «Quand les van der Luyden veulent donner une leçon, ils savent s'y prendre. Ce qui est dommage, c'est qu'ils le fassent si rarement.»
Newland sentit une main sur son bras et vit Mrs van der Luyden, qui le regardait du haut de sa splendeur, dans l'éclat de sa robe de velours et de ses diamants de famille.
—Comme vous avez-été bon, Newland, de vous occuper ainsi de Mme Olenska! J'ai dit à votre oncle Henry qu'il était temps d'aller vous relever.
Archer répondit par un vague sourire; elle ajouta, aimable:
—Je n'ai jamais vu May plus en beauté. Le duc est d'avis que nous n'avons pas de plus ravissante jeune fille.
[IX]
«Après cinq heures,» avait dit la comtesse Olenska. À cinq heures et demie, Archer sonnait à la porte d'une maison d'aspect modeste, dont la façade lézardée se dissimulait sous une glycine géante enroulée autour d'un étroit balcon. Mme Olenska avait loué cette maison, tout au bas de la Vingt-troisième rue, à la vagabonde Medora.
C'était choisir un bizarre quartier. Des petites couturières, des empailleurs d'oiseaux exotiques, des «gens qui écrivaient,» étaient les plus proches voisins de la comtesse Olenska. Plus loin, Archer reconnut, au fond d'une allée pavée, une maison délabrée en bois que Winsett, un journaliste qu'il rencontrait quelquefois, lui avait dit habiter. Winsett n'invitait personne chez lui, mais il avait indiqué sa demeure à Archer au cours d'une promenade nocturne, et ce dernier s'était demandé, avec un petit frisson, si, dans les autres capitales, les hommes de lettres étaient aussi pauvrement logés.
La maison devant laquelle Archer s'était arrêté ne se distinguait des autres que par son badigeon un peu plus frais; et le jeune homme se dit que le comte Olenski avait dû dépouiller sa femme de sa fortune aussi bien que de ses illusions.
Archer avait passé une journée maussade. Après le déjeuner chez les Welland, il avait espéré emmener May faire une promenade dans le Central Parc, l'avoir à lui, lui dire combien elle avait été ravissante la veille, au bal, combien il était fier d'elle, et la presser de faire hâter leur mariage. Mais Mrs Welland lui avait doucement rappelé que la tournée des visites de famille n'était pas à moitié faite; et, quand il manifesta son désir d'écourter les fiançailles, elle fronça les sourcils et soupira: