—Grand'mère le dit, c'est tout naturel. Mais moi je dis que c'est une honte que vous manquiez le petit souper que j'ai arrangé pour vous chez Delmonico, dimanche prochain, avec Campanini, Scalchi, et un tas de gens amusants.

—Ah!... Je suis bien tentée!... À part la dernière soirée de Mrs Struthers, je n'ai pas rencontré un seul artiste depuis que je suis ici.

—Quel genre d'artistes voulez-vous dire?... Je connais un ou deux peintres, de charmants garçons que je peux vous amener si vous le permettez, dit vivement Archer.

—Des peintres?... Y a-t-il des peintres à New-York?... demanda Beaufort, d'un ton qui impliquait que, puisqu'il n'achetait pas leurs peintures, les peintres n'existaient pas.

Mme Olenska répondit à Archer avec son sourire grave:

—Ce serait charmant; mais je pensais à des artistes dramatiques, à des chanteurs, des acteurs, des musiciens. La maison de mon mari en était toujours pleine.

Elle prononça les mots «mon mari» comme s'ils ne rappelaient aucun souvenir douloureux, et d'une voix qui paraissait presque soupirer sur les délices perdues de sa vie conjugale. Archer se demandait si c'était la légèreté ou la dissimulation qui lui permettait de faire si aisément allusion à un passé dont elle cherchait, au moment même, à s'émanciper au risque de perdre sa réputation.

—Je trouve, continua-t-elle, que l'imprévu ajoute au plaisir. C'est peut-être une erreur que de voir les mêmes personnes tous les jours.

—C'est bien ennuyeux en tout cas!... New-York meurt d'ennui! bougonna Beaufort. Et quand j'essaie de l'animer pour vous, vous me lâchez!... Écoutez! Pensez-y!... Nous ne pouvons rien arranger après dimanche, car Campanini part la semaine prochaine pour chanter à Baltimore et Philadelphie. J'ai un salon particulier, et un piano Steinway, et ils feront de la musique toute la nuit.

—Comme ce serait délicieux!... Puis-je réfléchir, et vous écrire demain?