—Vous avez vu que la loi ne pouvait vous servir, n’est-ce pas? continua-t-elle. C’est ce que moi je vois aussi maintenant. La loi représente des droits matériels: son effet ne s’étend pas au delà. Si nous ne reconnaissons pas une loi intérieure... si nous ne reconnaissons pas les obligations que crée l’amour...—et le fait d’être aimé tout autant que d’aimer—nous entassons fatalement des ruines autour de nous... N’est-ce pas?
Elle releva la tête avec le regard plaintif d’un enfant égaré.
—C’est ce que je vois aujourd’hui... ce que je voulais vous dire. Il me quitte parce qu’il est fatigué de moi... mais moi, je n’étais pas fatiguée de lui; et je ne comprends pas pourquoi il l’est. C’est ce qu’il y a de plus affreux... ne pas comprendre. Je n’en avais pas saisi l’horreur. Mais j’y ai pensé toute la journée, et il m’est revenu à la mémoire des choses que je n’avais pas remarquées... quand vous et moi...
Elle se rapprocha de lui et le fixa avec ce regard qui cherche à pénétrer plus profondément que les paroles:
—Je vois maintenant que vous non plus, vous n’avez pas compris... n’est-ce pas?
De leur regard jaillit tout à coup la lumière; le voile qui les séparait sembla se lever; les lèvres d’Arment tremblèrent.
—Non, dit-il, je n’ai pas compris.
Elle poussa presque un cri de triomphe:
—Je le savais, je le savais bien! Vous étiez étonné... vous avez essayé de me le dire... mais aucun mot n’est venu... vous avez vu votre vie brisée... tout ce qui vous entourait en ruines... et vous ne pouviez ni parler, ni bouger!
Elle se laissa tomber sur la chaise contre laquelle elle s’était appuyée.